Americanah

 

J'ai commencé ce roman en 2013. Si je l'avais terminé en 2013, Americanah aurait été mon roman préféré de 2013. Mais je l'ai terminé en 2014. Alors peut-être que d'ici la fin de l'année, je trouverai un autre roman plus génial, plus fabuleux qu'Americanah. Mais ce ne sera pas chose aisée.

Oui, j'ai adoré Americanah. J'avais beaucoup aimé le recueil de nouvelles The Thing Around Your Neck, lu il y a quatre ans. Cette fois, il s'agit d'un roman qui se déroule aux Etats-Unis, au Nigeria et en Angleterre. Nous suivons Ifemelu de l'adolescence à l'âge adulte, du Nigeria aux Etats-Unis, puis de nouveau au Nigeria. Certains chapitres sont consacrés à son petit ami, Obinze, de l'adolescence à l'âge adulte, du Nigeria à l'Angleterre, puis de nouveau au Nigeria. Ifemelu qui, grâce à une bourse partielle, part faire ses études aux Etats-Unis, encouragée par Obinze, passionné par ce pays. Obinze part quant à lui en Angleterre et fait tout son possible pour y rester.

Le roman traite de ce que signifie être noir au Nigeria, aux Etats-Unis et en Angleterre. Ifemelu ne devient noire que lorsqu'elle arrive aux Etats-Unis. Evidemment, au Nigeria, elle ne se posait pas la question : même s'il y avait une espèce de hiérarchie entre gens de la ville et de la campagne, riches et pauvres, élèves populaires et parias. Evidemment, c'est différent aux Etats-Unis. Ifemelu en fait d'ailleurs le sujet de son blog nommé Raceteenth or Various Observations About American Blacks (Those Formerly Known As Negroes) by a Non-American Black. Le roman inclut d'ailleurs quelques billets bien sentis sur l'expérience d'Ifemelu (j'ai trouvé que c'était une bonne idée). J'ai beaucoup aimé la partie sur les Etats-Unis car de nombreuses anecdotes me sont également arrivées aux Etats-Unis. En France aussi d'ailleurs, puisque l'Europe n'est pas l'Afrique. J'ai beaucoup aimé la description de la vie au Nigeria, à Lagos particulièrement où le rythme semble être infernal, le découragement de la jeunesse qui souhaite quitter le pays pour avoir une chance.

Et même si j'ai adoré ce roman dans l'ensemble, je n'ai pas tout aimé. Par exemple, j'ai trouvé quelques scènes inutiles ou peu crédibles. Les réactions d'Ifemelu sont quelquefois étonnantes et un peu trop opportunes. Et puis, deux situations m'ont un peu trop rappelé America, Their America de J.P. Clark. Mais il peut s'agir d'une coïncidence (après tout, les Américains semblent parfois sortir du même moule). Et si je ne l'avais pas lu juste avant, je n'aurais sûrement rien remarqué.

Mais on se laisse porter par l'histoire et par le style de Chimamanda Ngozi Adichie. Une réussite pour moi.

 

She wrote to Obinze about the books she read, careful, sumptuous letters that opened, between them, a new intimacy; she had begun, finally, to grasp the power books had over him. His longing for Ibadan because of "Idaban" had puzzled her; how could a string of words make a person ache for a place he did not know? But in those weeks when she discovered the rows and rows of books with their leathery smell and their promise of pleasures unknown, when she sat, knees tucked underneath her, on an armchair in the lower level or at a table upstairs with the fluorescent light reflecting off the book's pages, she finally understood. She read the books on Obinze's list but also, randomly, pulled out book after book, reading a chapter before deciding which she would speed-read in the library and which she would check out. And as she read, America's mythologies began to take on meaning, America's tribalisms—race, ideology, and region—became clear. And she was consoled by her new knowledge.

Ifemelu decided to stop faking an American accent on a sunlit day in July, the same day she met Blaine. It was convincing, the accent. She had perfected, from careful watching of friends and newscasters, the blurring of the t, the creamy roll of the r, the sentences starting with "so," and the sliding responses of "oh really," but the accent creaked with consciousness, it was an act of will. It took an effort, the twisting of lip, the curling of tongue. If she were in a panic, or terrified, or jerked awake during a fire, she would not remember how to produce those American sounds. And so she resolved to stop, on that summer day, the weekend of Dike's birthday.

Alexa, and the other guests, and perhaps even Georgina, all understood the fleeing from war, from the kind of poverty that crushed human souls, but they would not understand the need to escape from the oppressive lethargy of choicelessness. They would not understand why people like him, who were raised well fed and watered but mired in dissatisfaction, conditioned from birth to look towards somewhere else, eternally convinced that real lives happened in that somewhere else, were now resolved to do dangerous things, illegal things, so as to leave, none of them starving, or raped, or from burned villages, but merely hungry for choice and certainty.

http://chimamanda.com/books/americanah/