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J'attendais ce livre depuis la lecture de cet article de BuzzFeed. Je me faisais la réflexion que tous les auteurs actuels sont titulaires d'un MFA, ou d'un « white MFA » comme l'appelle Therese Marie Mailhot. La création récente d'un programme de MFA à l'Institute of American Indian Arts m'intéressait. Si j'ai déjà Heart Berries sur mon Kindle (je suis encore en train de me préparer psychologiquement à le lire), c'est le livre de Tommy Orange qui me faisait le plus envie car il parle d'un powwow.

Une semaine après mon arrivée à Denver il y a 21 ans, j'ai assisté au powwow annuel de la ville (ce sera la 45e année de l'événement en 2019). Je n'avais pas d'appareil-photo, alors les seuls souvenirs que je conserve sont les quelques photos que m'avait données une collègue suédoise. J'étais surprise qu'il n'y ait pas plus de collègues intéressés (nous n'étions que quatre), mais tout le monde n'a pas les mêmes goûts. Deux choses m'ont marquée : le visage d'un jeune Navajo à qui ma collège suédoise avait demandé si elle pouvait le prendre en photo (sa parure était superbe) ; il avait accepté, mais avait l'air vraiment triste et gêné (sur le site, j'ai vu qu'il fallait payer pour avoir le droit de prendre des photos et je me suis demandé s'il n'avait pas osé refuser, alors que ma collègue avait été très respectueuse quand elle lui a demandé) ; et le commentaire le lundi d'un collègue canadien qui m'avait dit que ça devait être chiant. Apparemment, il en était convaincu parce que ma réponse n'avait pas semblé l'intéresser. En tout cas, ça reste un souvenir inoubliable. Donc, c'est une des raisons pour lesquelles j'avais hâte de lire ce roman qui présente une vision des Indiens des villes et non cantonnés dans des réserves. Et je n'ai pas été déçue.

Dans le prologue, Tommy Orange retrace l'histoire des Indiens en Amérique et de la colonisation. Il nous donne quelques faits, qui sont déjà connus de qui a les yeux ouverts. Il nous assène quelques vérités : j'ai adoré les quatre mots sur Kevin Kostner. Il nous explique comment les Indiens ont quitté les réserves pour s'installer en ville : We were not Urban Indians then. This was part of the Indian Relocation Act, which was part of the Indian Termination Policy, which was and is exactly what it sounds like. Make them look and act like us. Become us. And so disappear. Rien que le prologue vaut la peine.

There There est un roman choral qui nous offre le point de vue de douze Indiens qui préparent le powwow d'Oakland, en tant qu'organisateurs ou participants. (Oakland est une ville de Californie de plus de 400 000 habitants et compte 16 % d'Indiens. C'est également là qu'est né Tommy Orange.) Parmi ces douze personnages, il y en avait certains qui m'ont intéressée plus que d'autres : leur vie, leur motivation pour participer au powwow. Il y a ce jeune garçon très touchant qui vit avec une grand-tante depuis la mort de sa mère, qui ne connaît rien de son héritage et qui apprend par lui-même les danses indiennes. Il y a la grand-mère alcoolique de ce jeune garçon qui tente pour la énième fois de rester sobre, qui est ironiquement conseillère pour alcooliques et toxicomanes et qui tente de remettre sa vie en ordre. Évidemment, les personnages qui m'ont le moins plu sont ceux par qui la tragédie arrive. Évidemment, Tommy ne va pas nous présenter que des Indiens à la recherche de leurs racines ou tentant de se réapproprier leur histoire, mais j'ai eu du mal à m'intéresser à eux.

Dans l'interlude, Tommy Orange évoque les powwows et leur origine, les différents noms des Indiens ou Amérindiens ou Indiens américains ou NDN (mon préféré), les noms de famille des Indiens, les reproches adressés aux Indiens (mauvais perdants, passez à autre chose, c'est le passé, arrêtez de rejeter la faute sur d'autres).

Et je n'en dis pas plus.

Inutile de vous dire que ce roman m'a vraiment touchée. Bien sûr, il a des défauts, c'est un premier roman. Et la tragédie que l'on pressent dès le début n'était pas forcément utile. Même si elle permet à Tommy Orange d'évoquer par exemple un thème qui fait l'actualité ces jours-ci aux États-Unis : le contrôle des armes et les pistolets imprimés en 3D.

Roman à lire absolument.

Quelques liens :

Un autre article/reportage sur Tommy Orange :

https://www.npr.org/2018/06/08/617604580/native-american-author-tommy-orange-feels-a-burden-to-set-the-record-straight

Denver March Powwow :

http://www.denvermarchpowwow.org/

Grand Entry 2018 :

https://www.youtube.com/watch?v=qDUYxEWo6oI

Discussion entre Kamau Bell et Adam Beach dans United Shades of America (CNN). Et cette phrase : « They like us in the 1800s. »

https://www.youtube.com/watch?v=rBrFBxaFz-o