AtlasBlue

Je suis Jean Kwok sur Facebook et j'ai vu qu'elle serait aux États-Unis pour animer une conférence « Let’s Talk About Race, Baby: Let’s Talk About You and Me ». Je décide de vérifier la liste des participants et parmi eux, je vois Devi S. Laskar et je m'aperçois qu'elle a écrit un livre dont je vois la couverture depuis le début de l'année, mais qui ne me tentait pas plus que ça. « Par chance », il était disponible à la bibliothèque. Je l'emprunte tout de suite. Et je commence à le lire.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le début ne m'a pas impressionnée. Structure bizarre : des chapitres d'une ou deux phrases, des chapitres sur la poupée Barbie, des retours en arrière, une narratrice qui n'est pas nommée et qui appelle son mari The hero, et ses filles, par leur ordre d'arrivée dans la famille. Toutes ces fantaisies m'agaçaient un peu même si ce que la narratrice racontait était très fort. J'ai failli arrêter. Et puis, je l'ai terminé en deux jours. Et j'ai à peine eu le temps de respirer.

La narratrice n'arrête pas : enfants en bas âge, mari en déplacement constant, une mère et une belle-mère qui trouvent toujours quelque chose à redire, la société qui trouve toujours quelque chose à redire. La narratrice est née aux États-Unis, « mais » ses parents sont des immigrés bengalis. Elle a donc droit à des compliments sur son bon anglais, des questions sur ses origines (répétées plus fort et plus lentement malgré son bon anglais), des remarques sur le fait qu'elle n'a pas d'alliance alors qu'elle est enceinte. En revanche, elle n'a pas droit aux petits gestes de bienvenue de ses voisins quand son mari (blanc et d'une famille aisée) décide d'installer sa famille dans une banlieue cossue d'Atlanta. Oui, c'est le Sud, et la narratrice nous montre qu'il n'a pas changé. La narratrice prend tout cela calmement, ne fait pas de vagues. Quand sa fille est constamment harcelée à l'école ou exclue des anniversaires, elle lui apprend à serrer les dents puisque sa fille refuse qu'elle en parle à son père. Quand le père est là, les choses se passent un peu mieux. Mais il est souvent absent et la narratrice doit tout supporter seule. De toute façon, lui ne veut pas faire de vagues. De toute façon, lui ne comprendrait pas. Un jour, la narratrice craque. Après un énième épisode de harcèlement, plus grave que les agressions, micro ou macro, qu'elle subit au travail, dans la rue et dans son quartier.

La pression que subit la narratrice est insoutenable. Mais elle doit tout accepter car elle sait que c'est sa vie qu'elle risque si elle répond de travers. Elle n'a nulle part où se réfugier. Et quand j'ai lu que l'autrice est née en Caroline du Nord et qu'elle a étudié le journalisme (la narratrice est journaliste), je me suis demandé quelles parties du roman étaient autobiographiques.

Un style superbe, un livre oppressant et dramatique, un premier roman impossible à lâcher. J'en suis encore toute retournée. À lire absolument.

Le site de l'auteure :

https://www.devislaskar.com/