GlassBeads

Avec cette couverture, comment résister ?

J'avais complètement craqué pour Nobody Cries at Bingo. Ici, nous retrouvons Saskatoon (entre autres) dans le Saskatchewan avec des protagonistes plus âgés. Nous suivons quatre personnages (deux femmes et deux hommes) depuis la première année après le lycée jusqu'à l'âge des « responsabilités ». Les nouvelles se passent à différentes époques et nous permettent de voir les personnages évoluer. Nellie, Julie et Everett se connaissent depuis l'enfance : ils vivent dans la même réserve et vont à l'école ensemble. La belle Julie a été abandonnée par sa mère et passe de familles d'accueil à sa propre famille (qui ne vaut guère mieux que les familles d'accueil). À l'âge de six ans, Everett quitte la ville avec sa mère (qui souffre de problèmes mentaux) pour venir vivre dans la réserve. Quatre ans plus tard, sa mère retourne en ville en laissant Everett chez son oncle. Pour ne plus être une charge pour ce dernier, il part à son tour quelques années plus tard. Nellie (qui veut devenir avocate) est à l'université à Saskatoon où sa vie sociale est inexistante (malgré ce qu'elle raconte à qui veut l'entendre) en raison de sa timidité et malgré tous ses efforts. Elle est amoureuse d'Everett et fait des projets pour quand ils seront mariés. Lors d'une réunion du NSC (Native Student Council), elle rencontre le quatrième personnage, Taz, qui vient d'une réserve du nord. Elle le trouve arrogant : il lui coupe la parole (alors qu'il n'est pas membre du conseil), et a eu l'audace de lui demander pourquoi elle ne parlait pas le cree et pourquoi elle ne suivait pas les cours offerts à l'université pour l'apprendre. Pourtant, il se joint à leur groupe. Et nous voyons nos personnages affronter la vie en ville : rendez-vous avec des blancs, racisme, prison, découverte de soi, traditions.

Même si on retrouve l'humour de Dawn Dumont, les sujets abordés sont plus difficiles et le livre, plus brutal. On se demande comment les autochtones, et surtout les femmes, survivent dans un environnement aussi hostile. Surtout les femmes pour qui le danger vient autant des non-autochtones que de leur communauté. Pourtant, elles sont fortes comme Julie, qui semble se laisser porter, mais qui se révèle très volontaire, et Nellie qui se bat pour tout ce qu'elle a et qui, malgré ses doutes et ses complexes, obtient ce qu'elle souhaite le plus.

J'ai trouvé ce recueil plus mélancolique et plus désabusé que Nobody Cries at Bingo. Une autre tonalité, mais tout aussi éloquent.

À lire

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