Internment

Ce n'est pas que j'ai trouvé l'hypothèse improbable. Après tout, les États-Unis avaient bien cédé à l'hystérie et au racisme en enfermant les Américains d'origine japonaise dans des camps. Non. C'es la façon de la traiter que je n'ai pas aimée. Et c'est justement pour ce qu'ont subi ces prisonniers que j'ai trouvé qu'Internment traite ce sujet un peu à la légère.

J'ai failli arrêter ma lecture dès le début. En effet, l'héroïne brave le couvre-feu imposé aux musulmans pour aller retrouver son petit ami, mettant ainsi tout le monde en danger. Bon d'accord, David est au lycée pendant la journée, mais j'ai trouvé cela ridicule. Mais je me suis dit que c'était un roman jeunesse et qu'il fallait s'attendre à des réactions un peu infantiles. Et l'auteure a certainement voulu montrer que Layla était une héroïne bien malgré elle.

Layla (17 ans) et ses parents (lui est professeur, elle est chiropractrice) sont forcés de quitter leur maison en n'emportant qu'un sac (et en laissant leurs téléphones). Ils se retrouvent avec d'autres musulmans dans un camp au milieu de nulle part. Les prisonniers vivent dans des mobile-homes regroupés par blocs selon l'origine ethnique des occupants. Chaque bloc a un gardien qui parle la langue des internés dont il a la charge. Avec d'autres jeunes du camp et la complicité de quelques gardes, Layla organise la résistance (et se met à dos quelques adultes quand les conditions de détention se durcissent à la suite de quelques actions).

Dans l'ensemble, l'idée est plutôt bonne. Et l'auteure ne cache pas que son intention est politique et qu'elle a foi en l'attachement des Américains pour la démocratie et la liberté. Malheureusement, trop de personnages sont caricaturaux : le directeur du camp qui se laisse aller à des exactions et fait preuve d'un sadisme extrême ; le gardien du bloc de Layla qui se comporte en fayot de première ; les prisonniers qui traitent les gardiens de traîtres comme si ces derniers n'avaient pas le droit de se sentir Américains avant tout (un peu limite) ; les adultes qui se résignent à leur sort ; Layla qui se dispute violemment avec ses parents et les accuse de se laisser faire sans broncher, alors que ceux-ci ne cherchent qu'à la protéger et à s'en sortir vivants. Je ne dis pas que ces réactions ne sont pas plausibles, mais c'est leur accumulation qui affaiblit le récit.

Donc, je suis tout à fait d'accord avec le message que veut transmettre Samira Ahmed, mais très déçue par le traitement.

Le site de l'autrice : https://samiraahmed.com/