Wake

J'ai souhaité participer à cette LC parce que je ne lis pas assez d'auteurs britanniques (je peux carrément dire non américains). Le titre français était plutôt évocateur Le chagrin des vivants. Seuls les deux premiers romans d'Anna Hope sont traduits en français (le troisième est sorti au début du mois), donc il était assez facile de retrouver le titre original. C'est donc avec le titre Wake que j'ai participé à cette LC.

Le roman débute par les trois définitions du mot wake (la linguiste que je suis râle en voyant que la première définition correspond au verbe et les deux autres, au nom), que l'on peut traduire par : (se) réveiller, veillée (mortuaire) et suite (au sens figuré de conséquence). On va voir que les trois sens se retrouvent dans le roman.

L'action se déroule sur cinq jours autour de la deuxième célébration de l'Armistice de 1918. C'est en effet ce jour-là que le soldat inconnu (en anglais, on parle du guerrier inconnu) sera enterré à Westminster. Le roman décrit comment le corps a été récupéré en France et son rapatriement jusqu'à Londres. Nous suivons également trois femmes dont la vie a été ébranlée par la guerre : perte de son fils pour Ada (le personnage que j'ai préféré), de son fiancé pour Evelyn (dont j'ai aimé la détermination, même si elle se heurte aux récriminations de tout le monde) et de son indépendance pour Hettie (qui a choisi de devenir taxi-girl car elle adore la danse, mais doit reverser la moitié de son salaire à sa mère pour subvenir aux besoins de son frère revenu apathique et traumatisé de la guerre). J'ai trouvé affligeant le sort de ces femmes qui n'ont pas le droit de souffrir, de faire le deuil de ces proches qu'elles ont perdus. Le mari d'Ada n'accepte pas (culpabilité, machisme) le fait que sa femme retourne dans la chambre de son fils, qu'elle croit le voir partout, qu'elle cherche à savoir ce qui lui est arrivé. La mère, le frère (qui revient de la guerre aussi et qui fait face en abusant de substances), les amis d'Evelyn et les allocataires auxquels elle a affaire dans son travail (au bureau des pensions pour anciens combattants) lui reprochent son ton acerbe. Tout le monde a quelque chose à dire et ne se gêne pas pour le faire. C'est vrai qu'elle est un peu mordante parfois, mais elle fait preuve de tant de courage qu'elle est vraiment admirable. Son salut viendra-t-il d'un homme ? (C'est un clin d'œil à la toute fin du roman qui fait presque roman à l'eau de rose.)

J'ai aimé ce livre. J'ai eu peur au début en voyant le sujet, car (comme je le répète tout le temps) je n'aime pas les livres qui sentent la recherche. Et bien, Anna Hope a évité l'écueil en nous offrant un roman bien construit, touchant et qui soulève des questions malheureusement toujours d'actualité. Le Londres du début du XXe siècle et cette ambiance d'après-guerre sont bien restitués. (Les remarques sur la France et les Français m'ont beaucoup moins plu, notamment certaines affirmations que je n'ai pu vérifier nulle part.)

Le site de l'auteure : http://annahope.uk/

Lecture commune avec Aifelle, Anne7500, Anne, George et Ingannmic.

En français : Le chagrin des vivants. Traduction : Élodie Leplat