UsEnemy

Même si je ne suis pas du tout fan de Star Trek, je suis plus ou moins George Takei et ses interventions sur les réseaux sociaux. J'attendais son autobiographie graphique dès son annonce, parce que le sujet m'intéressait et que la couverture m'avait plu.

Récemment, Alexandria Ocasio-Cortez a suscité une controverse en comparant les centres de détention des migrants à des camps de concentration. Cela avait déplu à des élus républicains qui avaient déclaré qu'elle faisait preuve d'un manque total de respect vis-à-vis des victimes de l'Holocauste. George Takei avait défendu AOC en twittant qu'il savait ce qu'étaient les camps de concentration puisqu'il avait vécu dans deux d'entre eux aux États-Unis. C'est ce que raconte They Called Us Enemy.

Takekuma Norman Takei est né au Japon et est arrivé adolescent aux États-Unis. Fumiko Emily Nakamura est née en Californie, mais son père l'a envoyée au Japon pour éviter la ségrégation scolaire à Sacramento. Ils se marient à Los Angeles et ont trois enfants : George (d'après le roi George VI d'Angleterre), Henry (d'après le roi Henry VIII d'Angleterre) et Nancy Reiko. Le 7 décembre 1941, des avions japonais attaquent Pearl Harbor. Les États-Unis entrent en guerre. En février 1942, FDR ordonne par décret (executive order 9066) le regroupement des Japonais et des Américains d'origine japonaise vivant dans les zones à risque (notamment sur la côte allant de l'État de Washington à la Californie), puis leur incarcération dans des camps situés dans des endroits désertiques. Les Japonais sont impénétrables, on ne peut pas savoir ce qu'ils pensent. Pour éviter tout acte d'espionnage, on les déclare enemy aliens. C'est ainsi que George et sa famille quittent leur maison avec tout ce qu'ils peuvent emporter et partent vivre dans les écuries de l'hippodrome de Santa Anita. Ils sont ensuite transférés en train (avec interdiction de se faire voir quand le train entre en gare) dans le camp de Rohwer, dans l'Arkansas.

Le livre ne détaille pas vraiment le quotidien des internés puisqu'il est écrit du point de George (qui a environ 5 ans à l'époque et qui voit tout cela un peu comme une aventure). Mais il raconte l'organisation des blocs, quelques manifestations et agitations dans le camp. En 1943 apparaissent les fameux questionnaires sur la loyauté, destinés à tester l'américanité des détenus (grâce à un système de points). Il s'agissait au départ de déterminer si certains hommes pouvaient être recrutés par l'armée (on avait besoin de combattants). Le questionnaire a ensuite été remis à tous les adultes. Il est particulièrement connu en raison des questions 27 et 28 : la première demandait si la personne acceptait de se battre pour les États-Unis ou de servir dans l'armée ; la deuxième, si la personne renonçait à sa nationalité japonaise. Les personnes qui répondaient non à ces deux questions (les no-noes) étaient considérées comme déloyales et étaient envoyées dans le centre de très haute sécurité de Tule Lake. C'est là que la famille de George terminera son incarcération.

Malgré le sujet difficile, j'ai trouvé les illustrations de Harmony Becker charmantes et très douces. Certaines rappellent un peu les mangas, mais j'ai apprécié que l'illustratrice n'ait pas exagéré de ce point de vue. Le livre restitue bien la période (les faits historiques sont bien expliqués), sans insister sur ce que les Asiatiques (il est certain que malgré la propagande, on ne savait pas distinguer les est-asiatiques entre eux) ont dû subir après l'attaque de Pearl Harbor. Même si j'ai aimé ce livre, j'ai trouvé insupportable ce besoin de répéter qu'il n'existe pas de meilleure démocratie que les États-Unis (mais ça, c'est typiquement américain). Je recommande (mais je vous aurais prévenus).

George Takei sur Facebook : https://www.facebook.com/georgetakeipresents/

Un site sur le sujet : https://encyclopedia.densho.org

Exposition sur le camp Amache dans le Colorado : http://monesie.canalblog.com/archives/2010/11/02/19497329.html