BrieflyGorge

Dès le titre, je savais qu'il me fallait lire ce récit/roman. Et puis, le prénom de l'auteur. Et les vidéos de l'auteur. Un peu d'appréhension quand j'apprends qu'il est poète également. Là, je sais qu'il va y avoir des passages un peu trop lyriques auxquels je ne vais rien comprendre. Je ne peux pas reprocher à Ocean Vuong de ne pas savoir écrire. Son écriture est superbe. S'il voulait prouver à certains critiques (littéraires) que les auteurs issus des minorités savaient faire de la littérature (et pas uniquement du récit de contestation), c'est réussi. (Il évoque d'ailleurs ce « problème » dans son livre ou c'est ce que j'ai cru.) Mais j'ai souffert terriblement pendant cette lecture.

D'abord, j'ai lu On Earth We're Briefly Gorgeous à un moment où j'étais terriblement angoissée et j'ai eu parfois du mal à me concentrer. Ce qui est malheureux pour un roman aussi exigeant. La structure m'a également déroutée. Je m'attendais à une histoire plus suivie, moins fragmentée. Les souvenirs s'imbriquent et s'enchevêtrent, et j'ai parfois perdu le fil. Si on ajoute à cela que certains souvenirs ne sont pas très tendres et, en fin de compte, peut-être trop personnels et en même temps trop familiers. Ça m'a gênée parce qu'Ocean Vuong explique que sa mère ne peut pas comprendre ce qu'il écrit. Ai-je eu l'impression qu'il en profitait pour se lâcher ? Certains passages m'ont fortement fait penser à ces écorchés de livre d'anatomie (et comme je suis une petite nature). Et puis, il y a Trevor, le petit-fils du patron qui... est amoureux du narrateur ? abuse du narrateur ? Little Dog (je m'aperçois que je n'ai même pas donné son nom) en tout cas est sous le charme et accepte tout. Et là, je n'ai pas compris. Little Dog que je trouvais si volontaire et persévérant (tout juste adolescent, il part travailler dans les champs de tabac) n'a aucune réaction quand Trevor refuse d'être à son tour la fille (comme il dit) après leur premier rapport, ou plutôt acte sexuel. Little Dog pense-t-il être moins que rien (immigré harcelé par ses camarades de classe) pour accepter les miettes que lui accorde Trevor ? Est-il si amoureux au point de rejeter toute la faute de l'addiction de Trevor aux opioïdes sur le groupe pharmaceutique qui les produit et de se lancer dans une diatribe contre ce dernier (il cite le nom du groupe et coïncidence ou pas, celui-ci vient de se déclarer en faillite) ? Cette dévotion à Trevor me semble tellement à sens unique qu'elle m'a agacée et m'a fait penser à tous ces stéréotypes à l'encontre des hommes asiatiques (je regarde peut-être trop de vidéos sur YouTube). Il a des mots plus acerbes pour le « contingent » littéraire.

Réfugié vietnamien, Little Dog vit à Hartford (Connecticut) avec sa mère, maltraitante car traumatisée par la guerre, et sa grand-mère schizophrène et atteinte d'un cancer. Par bribes, il nous raconte l'histoire de sa famille au Vietnam, ses souvenirs d'enfance dans ce pays, son immigration aux États-Unis, la nouvelle langue qu'il ne maîtrise pas encore, ce qui l'empêche de se défendre correctement quand on le harcèle. Tout cela ne l'empêche pas de finir le lycée et de partir à l'université à New York.

Je vous ai livré mes impressions un peu dans tous les sens. Impossible pour moi (comme souvent) de rédiger un billet ordonné. Si j'ai eu du mal avec ce livre, c'est vraiment pour des raisons personnelles sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici. Je n'ai pas peiné tout le temps non plus. Par moments, je ne pouvais plus le lâcher. Je comprends ceux qui l'ont adoré. Et je comprends ceux qui ne l'ont pas adoré. Et en lisant certaines critiques sur goodreads, je m'aperçois que Roxane Gay a tiqué sur les mêmes aspects que moi. J'attends le prochain roman d'Ocean Vuong, parce que son écriture m'a beaucoup plu.

Le site de l'auteur : https://www.oceanvuong.com/

Ocean Vuong est l'artiste en résidence 2019-2020 de l'Asian/Pacific/American Institute de l'université à New York (NYU).