YellowBird

 

Oil, Murder, and a Woman's Search for Justice in Indian Country

Le « boom » pétrolier dans le Dakota du Nord, plus précisément dans la réserve de Fort Berthold. Des gisements de pétrole de schiste que tout le monde cherche à s'approprier. Certains membres de la Nation Mandan, Hidatsa et Arikara (MHA), les trois tribus affiliées, souhaitent l'exploiter eux-mêmes pour que cette découverte profite exclusivement à la réserve. Ils voient là un moyen de se soustraire de leur dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral, atteindre la « souveraineté économique » et décider eux-mêmes de l'usage de l'argent gagné. Mais tout cela prend du temps et d'autres moins scrupuleux et plus avides prennent les devants et récupèrent, pour une bouchée de pain, les droits sur le sous-sol des membres de la tribu ; droits qu'ils revendront à un gros exploitant pour 200 fois plus.

Kristopher Clarke (KC) vient de l'État de Washington. Il est blanc et a 29 ans. Il disparaît le 22 février 2012. Lissa Yellow Bird, qui est Arikara, le recherche depuis l'été 2012, à la suite d'un message posté sur Facebook par la mère de Kristopher qui cherche à obtenir des renseignements sur son fils. Lissa propose de l'aider car elle vit à Fargo, à cinq heures de la réserve où elle rend souvent visite à sa famille. Elle mène sa propre enquête sur les employeurs de KC, sur la société où il travaille, sur toutes les personnes qui gravitent autour de celle-ci, prend de nombreuses initiatives, donne quelques coups de pied dans la fourmilière. Et elle consigne et garde trace de tout. Elle invite la journaliste Sierra Crane Murdoch, intéressée par la disparition de KC, à consulter ses dossiers (fichiers, enregistrements, photos, messages) pour reconstituer toute l'affaire. C'est là que la journaliste décide de raconter l'histoire de Lissa et les meurtres (KC a bien été assassiné et ne sera pas le seul) du point de vue de cette dernière.

Outre l'enquête, Sierra Crane Murdoch s'intéresse aux transformations que subit la réserve à cause du boom pétrolier : loyers exorbitants, crime en hausse, violence accrue en raison de l'arrivée massive de non-Indiens (sur lesquels la police de la réserve n'a aucune autorité), afflux de drogue, trafic de personnes, pollution. Sans parler de la corruption. En effet, il faut être Indien pour exercer dans la réserve et de nombreuses sociétés paient des prête-noms. Les membres de la Nation MHA ont le choix entre profiter des revenus qu'apporte le pétrole, voir cette exploitation d'un mauvais œil ou participer à cette exploitation pour garder un semblant de contrôle sur la situation. Quand le boom « se termine » (quand le prix du baril devient trop bas), la réserve ne semble pas avoir fait beaucoup de progrès.

 Le livre ne se résume donc pas à l'enquête proprement dite et c'est ce qui fait tout son intérêt. Il retrace l'histoire de la Nation MHA, le traitement des Indiens par le gouvernement fédéral (expropriations, négligences, pensionnats, massacres, déplacements), les répercussions du boom pétrolier sur la réserve. Il raconte surtout la vie de Lissa et de sa famille : les coups durs, les arrestations, la violence, la ténacité, la volonté, l'éducation. L'ensemble est un peu confus (comme ce compte rendu car je n'ai pas pu prendre de notes), car il y a beaucoup de « personnages », mais constitue un excellent témoignage. J'ai beaucoup aimé.

Merci à Sierra Crane Murdoch, à Random House et à Netgalley pour cet exemplaire en avant-première.

Lissa continue de chercher des personnes disparues. Deux articles :

https://www.hcn.org/articles/tribal-affairs-the-woman-who-searches-for-indian-countrys-missing

https://www.bbc.com/news/world-us-canada-47627701

Un reportage photos sur le boom :

https://www.bloomberg.com/news/photo-essays/2012-11-08/oil-on-the-fort-berthold-indian-reservation