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Sous la grêle osée
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21 août 2016

The Gospel Singer (Harry Crews)

gospel

Faut avoir envie de le lire Harry Crews. J'ai découvert ce titre sur le blog d'A girl, avec qui je pensais faire une lecture commune. Jusqu'à ce que je m'aperçoive que The Gospel Singer ne se trouvait dans aucune bibliothèque du Colorado. Allais-je devoir l'acheter ? Les prix sont dissuasifs sur Amazon : de 48,69 $ à 750 $. Harry Crews n'est pas réédité alors certains en profitent. Je me dis que je vais me rabattre sur un autre titre plus accrocheur, Karate Is A Thing Of The Spirit, et disponible à la bibliothèque. Et puis, je me décide à vérifier le réseau Mobius (qui me donne accès aux bibliothèques du Missouri) et là, miracle (c'est le cas de le dire), une bibliothèque universitaire possède le fameux roman. Je le réserve pensant qu'il faudrait plusieurs mois pour qu'il arrive enfin. Et bien non, je l'ai eu en quelques semaines.

Déjà la couverture. A peine racoleuse. Et A Torrid Novel by Harry Crews. Si on veut.

J'ai failli arrêter dès le début. J'avais l'impression de relire This Side of Jordan de Monte Schulz que j'avais abandonné. Mais je me suis dit que le livre venait de loin, j'allais lui laisser une chance. Et bien, c'était juste. Je suppose qu'à l'époque (il date de 1968), l'histoire avait été perçue comme révolutionnaire. Et si je l'avais lu il y a quelques décennies, peut-être que... Mais dans le fond, il reste très américain même s'il se veut critique du conformisme et de l'ultra-religiosité des Américains qui mène à l'hystérie collective. Depuis, nous avons eu droit aux télévangélistes, à Billy James Hargis, à Jim Bakker, à Jimmy Swaggart, à Ted Haggard... A moins qu'Harry Crews ne soit visionnaire ou devin. Ou bien, il est le premier à en avoir parlé ou à avoir osé en parler.

Le chanteur de gospel donc (il n'est jamais nommé dans le roman) revient à Enigma, Géorgie. Et tout le monde l'attend. Tout le monde. Vraiment tout le monde. Les habitants des comtés voisins l'attendent. Le chanteur de gospel est beau et il a un voix divine. Il a ainsi pu quitter Enigma et sa misère. Il déplace les foules dans tout le pays. Et c'est la meilleure chose qu'Enigma ait jamais produite. Même sa famille n'en revient pas. Il a sauvé des âmes et on dit même qu'il fait des miracles. Ce qu'il nie. Qu'à cela ne tienne. Tout le monde attend des miracles. Tout le monde EXIGE des miracles. Et le chanteur de gospel se sent dépassé. Oh, il profite bien de sa notoriété. A la fin de chaque prestation, il choisit une « groupie » qu'il n'a pas forcément le temps de ramener à son hôtel. Il fréquente aussi les prostituées. Notre chanteur de gospel est insatiable. Heureusement que son manager (et accessoirement échappé de l'asile), Didymus, est là pour lui donner des pénitences. Enigma attend donc son chanteur de gospel, son sauveur. D'autant que sa chérie, la plus belle et la plus désirable fille du village, vient d'être poignardée 61 fois (et apparemment violée) par un prédicateur noir. La population débarque en ville pour voir, entendre et si possible toucher le chanteur de gospel, voir le cadavre de MaryBell, visiter la foire aux monstres qui s'est installée en dehors de la ville (et suit en fait les tournées du chanteur de gospel puisqu'il attire les foules) et assister au lynchage du prédicateur. Il n'y a pas beaucoup d'animation dans le coin et on compte bien en profiter. S'ensuit une grande pagaille car la pluie que tout le monde attendait commence à tomber à l'arrivée du chanteur de gospel. Encore un miracle à son actif. Et cette pluie perturbe tout.

Je n'en dis pas plus, mais j'ajouterais qu'il y a un peu des Liaisons dangereuses (le film car je n'ai pas lu le livre). La fin ne m'a pas surprise. Harry Crews nous propose une critique de la société, et plus particulièrement celle du Sud de la Bible Belt, mais il utilise tous les ressorts typiquement américains pour amener le dénouement. Mais j'ai beaucoup apprécié son humour, particulièrement lorsqu'il traite de cette fascination pour le grotesque (qui m'a fait penser au premier épisode de la dernière saison de Lewis, 2:08), pour les infortunés de Dieu. La famille du chanteur de gospel n'est pas mal non plus. En revanche, j'ai trouvé décevant le rôle des Noirs dans ce roman, qui, comme souvent, servent de prétexte. Et leur attentisme ou fatalisme, alors que le roman a été écrit en 1968, pendant le mouvement pour les droits civiques...

Ce n'est pas mon livre préféré. Je l'ai trouvé intéressant à lire, même s'il est daté et malgré la fin un peu trop convenue. Mais je tenterai mon histoire de karaté ou l'autobiographie d'Harry Crews.

To the dirt poor town of Enigma, Georgia, a local farm boy returns as a prosperous faith healer. Though the townsfolk give way to a mindless idolization, the Gospel Singer is tormented by the extent of his deception and is forced to admit his corrupt activities.

http://www.harrycrews.org/

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Commentaires
E
J'ai lu Body (sur le monde des bodylbuilders) et je me suis bien marrée ! j'aime son esprit corrosif et sa vision de la société américaine (et des "ploucs" du Sud)
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A
Tiens c'est drôle ! Si j'avais été plus vaillante hier, j'aurais publié mon billet sur ce titre aujourd'hui (lu il y a plus d'un mois...). On aurait presque fait une LC, haha ! Bon, il me reste à le peaufiner, mais en gros, moi j'ai été vraiment sous le charme de l'univers d'Harry Crews dans ce livre. Il y a une atmosphère très réaliste et ses personnages sont hauts en couleur. Bon, je découvre sa plume aussi, et je m'attendais au pire, va savoir pourquoi, du coup, belle surprise ici. Je l'ai lu en français, dans une vieille édition presque moisie trouvée à la bib (oui, faut vouloir le lire Harry Crews). Très d'accord avec toi sur l'humour et sur ta réflexion sur le rôle des Noirs. En revanche, j'ai beaucoup aimé la fin, la façon dont elle a été amenée.
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E
Ah, mais tu me vends du rêve, toi :-D
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E
Ah, moi j'avais beaucoup aimé This side of Jordan, et j'attends toujours la suite annoncée (peut-être même est-elle déjà parue aux US), alors du coup, ton billet me ferait presque envie... s'il n'y avait pas tant d'autres titres qui attendaient leur tour dans ma liseuse. Je note cette référence dans un coin tout de même .<br /> <br /> Avec cette couverture torride (moi je trouve que pour 95 cts, justement, elle vend du rêve !) et son sujet, ce roman a dû en son temps déchaîner les ardeurs des plus féroces membres des Banned Books dans les écoles et bibliothèques !!!!
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K
Oups. la couverture vaut son pesant de cacahuètes.
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