Whiter

S'il existe de nombreuses études sur le colorisme (terme inventé par Alice Walker) au sein de la « communauté » noire, le sujet est moins traité dans les autres « communautés », notamment la « communauté » asiatique. C'est de cette dernière dont il est question dans ce livre (plus spécifiquement, aux États-Unis). Il traite d'une part du colorisme entre régions d'origine : Inde, Asie du Sud-Est et Asie de l'Est (les derniers ayant la peau plus claire), et d'autre part, du colorisme entre originaires d'un même pays (ou entre membres d'une même famille). Le colorisme vise plutôt les femmes. Pour les hommes, une peau foncée est moins préjudiciable (cf. les acteurs noirs et les actrices noires aux États-Unis). Les critères qui s'appliquent aux femmes sont plus contraignants : Plus tu es mince, mieux c'est. Plus ton nez est fin, mieux c'est. Mais surtout, plus tu es claire, mieux c'est. En Asie, même avant les premiers contacts, la peau claire était un signe de richesse et de classe (les femmes riches restaient à l'intérieur) et la peau foncée, un signe de pauvreté et d'infériorité (les femmes pauvres étaient obligées de travailler dans les champs et s'exposaient donc au soleil.

Trente femmes asio-américaines ou asiatiques décrivent leur expérience du colorisme : au sein de leur famille, dans leur pays, dans le pays de leurs parents. Les remarques incessantes (pour leur bien), les critiques, les humiliations, la difficulté à se débarrasser de ces préceptes inculqués depuis l'enfance, leur rébellion quand elles affichent leur bronzage qui inspire l'horreur à leurs mères et aux autres femmes de leur famille. Les essais sont répartis en chapitres : définition du colorisme, privilège, aspiration à la blancheur, anti-noirceur/négritude (anti-blackness), appartenance et identité, redéfinition de la peau.

J'aime beaucoup ces livres composés de témoignages, avec une introduction au début de chaque chapitre. Cela rend le sujet plus abordable, plus vivant, plus proche. Bien sûr, la plupart des contributrices sont des universitaires et certains propos sont plus académiques. Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé les témoignages pertinents et intéressants, et pour certains, absolument poignants.

J'ai été « choquée » par le nombre de produits blanchissants, pardon, éclaircissants disponibles : savons, sérums, masques, crèmes, et qui concernent même les parties intimes. J'avais déjà vu ce type de crème dans les magasins asiatiques et africains de Paris et de Bruxelles (je ne suis jamais allée dans des magasins antillais, donc, je ne sais pas si c'est le cas aussi), mais c'était toujours des marques « inconnues » et les produits semblaient pharmaceutiques. En cosmétique, je connaissais la crème Vantex de Fashion Fair, mais il me semblait qu'elle servait « uniquement » à unifier le teint, qu'elle n'était pas vendue comme crème blanchissante. Même chose pour la ligne Skin Success de Palmer's. Dans le livre, j'ai appris que L'Oréal, Elizabeth Arden, Pond's, Nivea avaient leur ligne de produits éclaircissants et blanchissants. Pourquoi laisser échapper l'occasion de profiter d'idées et de préjugés archaïques, et des insécurités qu'ils génèrent ? Le marché est juteux. Et j'ai appris l'existence de gadgets destinés à celles (et ceux) qui souhaitent créer une double paupière et ouvrir leur regard (sans passer par la blépharoplastie) : lunettes, colle et autocollants. Moi qui trouve les yeux bridés si beaux, j'ai du mal à comprendre. Mais je ne me permettrais pas de juger.

Je vous laisse en cadeau des liens vers deux publicités particulièrement gratinées :

une de Thaïlande avec l'actrice (mannequin, chanteuse...) Cris Horwang : https://www.youtube.com/watch?v=WAXOupabYOo

une d'Inde : https://www.youtube.com/watch?v=zj0I5b0Q5OE

Merci à Nikki Khanna, à New York University Press et à Netgalley pour cet exemplaire en avant-première.