Sous la grêle osée

20 février 2015

September (Earth, Wind and Fire)

Un de mes feuilletons s'est terminé cette semaine, sur une chanson que j'aime beaucoup. Bye bye Patrick Jane. Je ne dirais plus : Il est mignon, chaque fois que tu apparais à l'écran. Bye bye Kimball Cho. Je ne dirais plus : Il est mignon, chaque fois que tu apparais à l'écran. Et merci aux auteurs pour cette scène très choesque.

La chanson : un chef-d'œuvre d'Earth, Wind and Fire.

Posté par Jackie Brown à 22:09 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 février 2015

Cour d'assises (fin)

Le juge nous explique que le dossier contient le texte des remarques qu'il est en train de lire, une feuille jaune en plusieurs exemplaires pour nous permettre de poser les questions et une feuille où nous devons indiquer le numéro de téléphone le plus fiable pour nous joindre et une adresse électronique (qui ne seront pas communiqués aux avocats, ni à la presse), une feuille bleue qui nous indique comment vérifier si nous devons revenir pour les entretiens individuels, une carte résumant le contenu du dossier et des autocollants portant la mention JUROR au cas où nous aurions perdu le badge. Il insiste bien sur le fait que nous n'avons pas le droit de poser de questions aux employés du tribunal (nous pouvons tout de même demander où sont les toilettes). Il faut utiliser les feuilles jaunes. Il nous explique ensuite que nous allons faire une pause de 15 minutes, que nous devrons quitter la salle et qu'à notre retour, nous verrons une vidéo décrivant le système judiciaire et que nous devrons remplir un questionnaire. Ce questionnaire, nous ne pouvons pas le ramener chez nous, il ne doit même pas quitter la salle d'audience. Il nous dit d'ouvrir nos dossiers et de suivre la suite de ses remarques sur le document que l'on trouve à l'intérieur. Il nous explique que nous avons été convoqués pour le procès du Peuple de l'État du Colorado contre J.E.H., numéro XXX. Il nous présente les avocats qui doivent se lever un par un au moment où il dit leur nom. Ils saluent, font un petit signe de la main, disent Hello everybody ou Hello tout court, se tournent vers chaque côté de la salle pour que tout le monde les voit. D'abord l'accusation, puis la défense. Heureusement, l'accusé ne se lève pas. Le juge nous rappelle les faits pour lesquels l'accusé comparaît, qu'il est présumé innocent, qu'il a plaidé coupable pour cause d'aliénation (j'utilise la traduction de termium) et qu'il y a donc trois verdicts possibles : coupable, non coupable ou non coupable pour cause d'aliénation. Tout ça me donne froid dans le dos. L'accusation demande la peine capitale comme la loi du Colorado l'y autorise. Le jury doit donc décider si l'accusé est coupable et de la punition appropriée. Ça fait peur. Voilà donc pourquoi nous devons remplir le questionnaire concernant notre avis, notre sentiment et notre opinion sur les châtiments possibles. Il nous donne ensuite des précisions sur le procès : le jury ne sera pas séquestré. 24 personnes seront retenues, dont 12 comme suppléants. La sélection se déroulera jusqu'à mai ou juin. Le juge et les avocats détermineront à partir des réponses au questionnaire les personnes qui devront revenir pour l'entretien individuel. Si tu ne reviens pas, tu es coupable d'outrage au tribunal. L'entretien individuel a lieu en présence du juge et de ses employés, des avocats et des parties (ça fait peur). La présence de la presse et du public sera également autorisée. Mais ton nom et tes coordonnées ne seront pas divulgués. Si tu souhaites répondre à une question en privé, c'est possible. Il explique ensuite que la cour siégera tous les jours de 8 h 30 à 17 h avec deux pauses de 15 minutes, et une pause pour le déjeuner de 60 à 90 minutes. Moi qui ne peux pas rester assise plus d'une heure à la fois, j'imagine déjà.

Le juge nous expose ensuite les règles à respecter : pas le droit de discuter du procès avec les autres jurés potentiels, ni avec quiconque ; pas le droit de mener son enquête personnelle. Nous avons le droit de dire à nos familles et à nos amis que nous avons été convoqués pour servir comme jurés dans une affaire du comté, d'indiquer le nom du juge (on l'a vu à la télé, alors si tu n'as pas compris de quel procès il s'agit...). Tant que tu n'as pas été libéré, tu ne peux pas en parler. Tu ne dois même pas dire qu'il s'agit d'une affaire criminelle. Si ta famille a compris, tu dois expliquer que tu n'as le droit de rien dire et qu'ils ne doivent pas te parler du procès. Je m'imagine déjà devoir cacher tout ça à ma sœur. Parmi les autres instructions : ne pas communiquer avec les autres jurés ; ne pas communiquer avec d'autres personnes à ce sujet de quelle manière que ce soit (pas sur Facebook ou Twitter, pas sur un blog...) ; ne pas parler aux témoins, ni aux avocats ; porter son badge bien en évidence dans le palais de justice et dans le parking ; ne pas parler à la presse ; ne pas suivre ce qui se dit sur le procès à la télé, dans les journaux (trop tard, j'ai suivi la fouille de l'appartement de l'accusé à la télé, j'ai lu un tas de trucs au sujet de la tuerie, en particulier parce que ma famille m'a posé beaucoup de questions, et un tas de trucs sur l'accusé) ; ne pas se rendre sur les lieux mentionnés (trop tard, je passe régulièrement devant le cinéma et j'ai vu le mémorial dressé pour les victimes pendant tout le temps qu'il était là). Le juge nous fait ensuite jurer que nous répondrons honnêtement aux questions et que nous n'enfreindrons pas les règles qu'il vient d'évoquer. Il nous avertit que les avocats et leurs enquêteurs peuvent faire des recherches sur nous sur Internet et signaler tout comportement interdit. Je passe sur le reste des instructions. Nous quittons la salle où nous devons revenir d'ici 15 minutes.

Une queue pas possible devant les toilettes évidemment. J'entends une femme demander si on devra retourner aux mêmes sièges (j'espère que non) parce qu'elle était assise à côté d'un homme qui était bourré (si tôt le matin). Quand je termine aux toilettes, je retourne tout de suite à la salle puisque je n'ai pas de montre. Là nous devons attendre. Pendant qu'ils font sortir l'autre je suppose. Finalement, nous entrons. Cette fois-ci, je me mets au fond de la salle. Je vois des gens qui s'installent dans le box du jury. Ils ont l'air ravis. Apparemment, ce n'est pas tout le monde que ça gêne de devoir éventuellement être juré pour ce procès. La femme de la commission du jury nous remercie encore d'être venus aussi nombreux et nous passe une vidéo sur le système judiciaire. Je souris quand le présentateur (un reporter à la retraite assez connu ici) prononce le dire de voir dire à l'anglaise et non à la française. À la fin, la femme nous explique que nous pourrons consulter le site à partir de vendredi pour savoir si nous sommes retenus. La marche à suivre est expliquée. Pas besoin de me le dire, le site est dans mes favoris et je consulte régulièrement. Et puis, nous devons quitter la salle pour aller remplir nos questionnaires. On nous répète plusieurs fois qu'il faut inscrire notre nom et notre numéro de juré sur chacune des 18 pages du questionnaire. En fait, c'est surtout la liste des témoins qui est longue. Moi qui pensais finir très vite, je suis sortie de là parmi les derniers. Il était plus de 13 h. J'ai même dû changer à nouveau de salle. J'étais complètement vidée à la fin. J'ai relu plusieurs fois les questions. Et j'ai eu du mal à expliquer en anglais ce que je pensais. Il ne s'agissait pas d'un QCM, mais bien d'un questionnaire complet. Il fallait indiquer son opinion, puis l'expliquer. Très difficile. Les questions portaient sur nos émissions de télé préférées, nos hobbys, nos sources d'informations. Et bien entendu, notre avis sur la peine de mort, sur la non-culpabilité pour cause d'aliénation. Très difficile. J'ai rendu mon questionnaire et je suis partie.

En sortant de l'immeuble, j'ai appelé ma sœur pour lui dire que j'arrivais. J'ai fait la route en sens inverse, la tête vide. Quand je suis arrivée à la maison, je suis rentrée par la porte du garage. Quand j'ai vu ma sœur, j'ai fondu en larmes.

Et j'ai consulté le site dès l'après-midi et pratiquement toutes les heures après, des fois que... Et c'est bien le vendredi que j'ai vu que mon numéro figurait parmi ceux des personnes non retenues. Le soulagement !

Je ne voulais pas dire à ma mère que j'avais été convoquée avant de savoir si j'étais retenue ou non. Le samedi, j'ai appelé chez elle et ai demandé à parler à mon frère (qui était en visite chez elle). J'ai commencé à lui expliquer toute l'histoire. Et puis, j'ai dû donner le téléphone à ma sœur. Je sentais les larmes monter. Ça va mieux maintenant, mais je vois encore parfois la tête de l'autre et c'est dur.

Je ne voulais pas parler de cette expérience avant la fin du procès, mais le lundi suivant, j'ai vu l'interview d'une jurée potentielle à la télé. Elle avait été excusée elle aussi.

Posté par Jackie Brown à 20:59 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,
16 février 2015

Cour d'assises (2)

Les gardes à l'entrée nous dirigent vers la sécurité. En effet, c'est comme à l'aéroport, avec les cordes et tout. Il faut enlever sa veste, sa ceinture, ses clés, ses gadgets électroniques et tout mettre dans un bac. On garde quand même les chaussures. Je ne sais plus si on passe sous un portique. Arrivée au bout, un garde me dit d'attendre mes affaires sur le côté. Le fumeur de tout à l'heure est pressé et se met devant les bacs. Il ne comprend pas pourquoi ses affaires ne sont pas encore là. C'est pour ça qu'on t'a dit de te mettre sur le côté. Mes affaires arrivent, je récupère tout. Ensuite, je vois deux files d'attente : une à gauche pour les jurés nº5750 à 5875 et l'autre à droite pour les numéros 5876 à 6000. Je me mets à gauche. Une employée vient vérifier si je suis dans la bonne file. Un tas de personnes sont écartées de la file : elles n'ont pas rempli leur convocation. J'arrive devant la table. L'employée prend ma convocation, prend la partie qui l'intéresse et me rend le reste. (Merci, j'avais besoin d'un souvenir.) Elle me remet mon badge avec mon numéro de juré et me dit qu'il faut garder ce badge bien en vue dans le palais de justice. Elle m'indique que je dois monter au deuxième étage. On ne peut pas prendre les escaliers, ce qui amuse une femme qui attend comme moi l'ascenseur. Deux hommes nous rejoignent. Arrivés à l'étage, nous sommes accueillis par un garde qui nous dit que si nous souhaitons aller aux toilettes, c'est le moment. Nous n'aurons pas l'occasion d'y retourner tout de suite. Hein ? Je vais donc aux toilettes (comme ça, vous savez tout). Ensuite, il faut à nouveau faire la queue pour la fouille. Cette fois-ci, on peut garder sa ceinture, mais tous les appareils électroniques doivent être éteints. Hein ? bis. J'avais pris mon Kindle parce que le site indiquait qu'on pouvait apporter de la lecture et des snacks, qu'il n'y avait pas le WiFi, mais qu'on pouvait utiliser son téléphone. Pas de Kindle pour moi. Mais j'avais pensé à prendre le hors-série du Point Vivre New-York. J'aurai de la lecture. Le garde vérifie que mon téléphone est bien éteint. Il n'a pas dû être impressionné, parce que c'est un modèle basique de base, pas un smart phone, pas rien. Il sert juste à téléphoner. Il ouvre toutes les poches de mon sac à dos. Il me fait d'ailleurs remarquer que le sac a beaucoup de poches. Et je lui réponds : Et je les utilise toutes. Nous rigolons tous les deux. Ensuite, une femme me passe le détecteur de métaux, elle vérifie ma boucle de ceinture. C'est bon. Et je me dirige vers une salle d'audience bien remplie. Il reste quelques chaises. J'essaie de ne pas me mettre à côté d'un fumeur pour ne pas mourir asphyxiée (enfin, j'aurais été excusée comme ça), ni à côté d'un éternueur pour ne pas attraper la grippe. Et je me retrouve dans le box des jurés entre un type qui a eu la main lourde avec sa bouteille de parfum et une femme qui m'a l'air bien énervé. Un type assis à la place du juge nous dit qu'il va falloir patienter, qu'il ne sait pas combien de temps ça va durer à côté, de nous servir des boissons (café, thé...). Il ajoute qu'on peut utiliser les téléphones dans le couloir. Je sors mon magazine et j'attends. Je n'ai pas de montre, alors...

Finalement, vers 9 h 05 (j'aperçois une horloge sur le mur derrière le box des jurés), on nous dit que nous pouvons passer dans la salle d'audience. Cela fait donc plus d'une heure que je suis là. Nous sommes rejoints par d'autres jurés potentiels qui attendaient ailleurs. Devant la salle d'audience où nous nous rendons, des femmes nous remettent des pochettes et nous disent bien de ne pas les ouvrir avant que le juge ne nous en donne l'autorisation. La salle est plus grande, avec plusieurs rangs de sièges pour le public, deux écrans plats sur le mur, le bureau (imposant) du juge, un bureau plus petit devant et les deux bureaux de l'accusation et de la défense sont sur la gauche. Le box des jurés est sur la droite. Tous ses sièges sont occupés, mais j'aperçois six chaises pliantes vertes devant. C'est LÀ que je ne veux surtout pas être. J'essaie de me faufiler au dernier rang des sièges du public sur la droite. Une femme me bloque l'accès et me dit : Non, elle veut que vous alliez devant. Hein ? J'avance donc légèrement paniquée. Je vois qu'il ne reste plus beaucoup de chaises vertes et j'essaie à nouveau de me faufiler sur la droite. Une femme me dit : Il reste encore une place. La fameuse « elle » dont me parlait l'employée. Elle s'occupe de la commission des jurés (ou quelque chose comme ça). Je m'installe tant bien que mal sur ma petite chaise. Je mets ma veste bien encombrante dans mon sac à dos. Je me retrouve donc juste à côté du bureau de l'accusation. Ils sont cinq à ce bureau : deux femmes et trois hommes. Juste à côté se trouve le bureau de la défense. Je reconnais un des avocats, j'ai vu sa photo sur Internet. Je vois cinq personnes de ce côté : quatre femmes et un homme. Une des femmes n'est pas vraiment assise au bureau, mais un peu sur la droite (il me semble que le bureau est de biais) et je m'aperçois qu'il y a une sixième personne au bureau, mais elle est cachée par un écran d'ordinateur. Je n'ai pas le temps de m'arrêter à ça. On nous demande de nous lever car le juge arrive. Je l'ai vu à la télé plusieurs fois. Au moment où je me lève, je vois le visage (juste le visage) de l'accusé qui s'est levé lui aussi. Le juge nous dit de nous rasseoir presque aussi vite. Je me rassois. Le juge nous salue, nous remercie d'être venus aussi nombreux (on avait le choix ?). Et il nous lit ses remarques préliminaires. Notre participation est un aspect important de notre société démocratique. Il nous rappelle que l'usage des téléphones et de tout autre appareil électronique est interdit. Il nous parle ensuite du dossier qui nous a été remis. Je tiens ce dossier d'une main et je m'aperçois que cette main tremble violemment. Je sens aussi les larmes monter. Je me dis : Je ne veux surtout pas qu'il me voit. Retiens-toi, retiens-toi. J'arrive à sortir un mouchoir de ma poche (j'avais prévu le coup) et à me calmer un peu. Le juge est en train de nous expliquer le contenu du dossier.

Posté par Jackie Brown à 14:15 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,
15 février 2015

Cour d'assises

C'était le 15 décembre je crois. Ma sœur est allée chercher le courrier. Quand elle revient, elle fait une grimace et me dit : Ça y est. Tu as reçu ta convocation. Ce qu'on appelle jury summons ici. C'est pour cette raison que ma sœur ne voulait pas trop devenir américaine. Elle avait reçu une convocation un an ou deux après être arrivée aux États-Unis. À ce moment-là, c'était simple. Elle n'était pas américaine. Elle a juste téléphoné pour prévenir qu'elle ne remplissait pas les conditions requises. Pour moi, c'était évidemment différent.

Ma sœur me dit : Ça doit être à cause du procès de l'autre-là.

Et oui, la défense (je crois) avait demandé un renvoi devant une autre juridiction du procès du type du cinéma à Aurora, mais le juge avait refusé. Alors...

Nous allons voir sur Internet et là, nous apprenons que 9 000 convocations ont été envoyées aux habitants du comté d'Arapahoe. Nous avions donc une chance sur 50 d'en recevoir une. C'est moi qui ai gagné chez nous donc. Le juge avait ratissé très large pour obtenir un groupe assez important de jurés potentiels. La peine de mort étant requise, la sélection des jurés est plus délicate. Il s'agit de constituer un death-qualified jury composé de jurés non opposés à la peine de mort mais qui ne pensent pas qu'elle doit être prononcée systématiquement pour certains crimes. Il y aura donc un questionnaire à remplir. Nous apprenons aussi que le procès doit durer plusieurs mois. Aïe, moi qui suis indépendante, ce ne sont pas les 50 dollars d'indemnités prévus qui me permettraient de payer mon loyer. Mais ce qui m'inquiète le plus à ce moment-là, c'est la neige. En effet, je suis convoquée le 3 février à 7 h 40 et s'il neige, je devrais prendre un taxi. Sur la convocation, on te parle bien du bus, mais il me faudrait 1 h 30 pour arriver au palais de justice avec deux bus et le tram et beaucoup de marche, ou trois bus et beaucoup de marche. Avec le taxi, c'est au moins 100 dollars aller-retour.

En janvier, je commence à consulter le site du palais de justice et je m'aperçois que certains jurés sont excusés et n'ont pas à se présenter. En effet, sur la page des annonces, un tableau indique les dates de convocation et les heures, mais aussi des numéros. Sur ma convocation est indiqué mon numéro de juré. Quelques jours plus tard, je me rends compte qu'il s'agit des jurés « normaux » et qu'il est précisé sous le tableau qu'il ne concerne pas les jurés potentiels invités à se présenter à une heure précise. Je me résigne, je suis bien convoquée pour le procès de l'autre-là du cinéma à Aurora. Je vois aussi qu'il y a une page d'annonces réservée à un procès donné. Quelque chose me dit que... C'est cette page que je consulte désormais régulièrement.

Le dimanche 18 janvier, comme il ne neige pas, je décide d'aller repérer les lieux. Il me faut passer par une route que je ne supporte pas. Ma sœur m'accompagne. Arrivées sur place, nous voyons des barrières jaunes en plastique sur le parking. Je suppose qu'elles seront mises en place pendant la semaine. En repartant, je rate, comme d'habitude, la sortie. C'est pour ça que je n'aime pas cette route. Mais bon, j'ai vu les lieux.

Le 20 janvier, les premiers jurés potentiels doivent se présenter. Évidemment, on commence à parler du procès et du déroulement de la sélection. 2 000 jurés sont excusés dès le début : ils connaissent les victimes ou des policiers ou des employés de la cour. Certains jurés qui se présentent sont renvoyés chez eux : ils n'habitent pas le comté, ne sont pas Américains ou ne parlent pas anglais. On en apprend davantage sur le processus de sélection : les jurés doivent remplir un questionnaire de 18 pages. Un homme est surpris en train de photographier le questionnaire ; on lui demande d'effacer les photos. Le journal Aurora Sentinel donne chaque jour un résumé des séances et indique même les heures où l'audience est suspendue. J'ai ainsi une vague idée de ce qui m'attend. La photo du type sur le toit avec des jumelles ou un fusil ne me rassure pas.

Je continue de vérifier le site du palais de justice. Mon numéro ne figure toujours pas dans la liste des excusés. J'ignorais que ma sœur vérifiait aussi. Un jour, je l'entends dire : On dirait qu'il est là aussi. L'accusé est en fait dans la salle pendant que le juge reçoit les jurés potentiels. Et moi qui me sentais mieux parce que les prévisions météo à dix jours ne parlaient pas de neige. Voici une nouvelle source d'angoisse. Mais je ne veux pas qu'il me voit ce type. Mais bon, il vaut mieux être prévenue.

À la fin de la deuxième semaine, le journal nous apprend que le juge a décidé de raccourcir de quatre jours la sélection préliminaire. 2 000 jurés seraient donc excusés d'office. Évidemment, je suis convoquée la semaine d'avant. Flûte !

Et le 3 février arrive. La veille, j'ai décidé de prendre une autre route, moins stressante pour moi. Il ne neige pas, c'est bon. Il faut environ 20 minutes pour arriver au tribunal. J'ajoute dix minutes pour la circulation. Les instructions ne sont pas très claires : on nous dit de prévoir 10 à 20 minutes pour le contrôle de sécurité (comme à l'aéroport précise la convocation), mais les portes ouvrent à 7 h 30. Et il faut prévoir le temps d'arriver à la salle d'audience. D'après mes calculs, il manque dix minutes. Tant pis, je partirai à 6 h45 pour être là vers 7 h 20. Je me lève donc à 5 h. C'était juste. J'ai dû me presser un peu à la fin. Et je n'aime pas ça.

Je pars plus ou moins à l'heure. Je sais que l'horloge de ma voiture n'es pas à l'heure. Je cherche NPR sur l'autoradio. Je trouve. Ça va, je suis dans les temps. Mais j'avais oublié que je passais devant un campus (école primaire, collège et lycée, rien que ça) et qu'ici, les élèves conduisent tôt. Il y a donc un mini-embouteillage sur la voie de gauche et quand je me réveille, impossible de passer à droite. Je prends mon mal en patience, mais ça me semble un peu juste pour arriver à 7 h 20. Et pourtant, j'y arrive. Je me gare et reprends mon souffle deux secondes. Je sors et je vois une file d'attente assez conséquente devant le tribunal. Je me mets un peu à l'écart parce qu'un type derrière moi fume. Les portes sont fermées (bien entendu) et il ne fait pas chaud. J'appelle ma sœur pour lui dire que je suis bien arrivée. Un garde vient enfin ouvrir les portes. On rentre.

Posté par Jackie Brown à 15:51 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , ,
14 février 2015

Redeployment (Phil Klay)

Redeployment

Comme j'avais beaucoup aimé les romans qui avaient remporté le National Book Award en 2012 et 2013 (et quelques finalistes), il me fallait absolument lire Redeployment. Aucune hésitation même s'il s'agissait de nouvelles. Même si ce n'était peut-être pas le moment à cause du sujet. Mais je l'avais réservé à la bibliothèque et il était enfin disponible.

C'est peu dire que je n'ai pas aimé Redeployment autant que The Good Lord Bird. Et je dois avouer que j'ai pensé que le prix lui avait été attribué parce que le jury voulait se donner bonne conscience, ou... Mais le fait que l'attribution coïncide avec la sortie d'American Sniper n'est pas peut-être pas dû au hasard.

Dans Redeployment, Phil Kay, ancien Marine, nous décrit les effets des guerres en Afghanistan et en Irak sur les combattants, sur les proches restés aux Etats-Unis. Les soldats qui se raccrochent à l'idée qu'ils apportent la démocratie dans ces pays, qu'ils se battent contre des insurgés. Et la formation qu'ils reçoivent avant d'être déployés les conforte dans cette idée. Ils ne vont pas tuer des hommes, mais des sauvages. Eux-mêmes perdent de leur humanité et même si Phil Klay s'attache à donner à chacun un nom, il nous donne aussi une nouvelle, intitulée OIF (Operation Iraqi Freedom), remplie d'acronymes et de sigles incompréhensibles pour les non-initiés : un semblant d'ordre, une impression d'importance, une vie réduite à des lettres, des soldats réduits à des lettres ? Bizarrement, c'est une des nouvelles que j'ai préférées.

Celle que j'ai moins aimée : Psychological Operations. Un veteran qui a passé 13 mois en Irak fait ses études à Amherst grâce à la GI Bill. Il suit un cours appelé Punishment, Politics, and Culture, où il est le seul élève non blanc. Enfin non, il y a aussi une étudiante noire Zara. Everybody in the class was white except for me and Zara. (Pitié !) En fait, le protagoniste est d'origine égyptienne. Et ses supérieurs pensent qu'ils ont touché le jackpot car il parle arabe. J'ai trouvé cette nouvelle fourre-tout. Tous les Arabes ne sont pas musulmans, l'arabe n'est pas le même partout, on nous a menti pour nous envoyer en Irak... Phil Klay en profite pour régler quelques comptes, mais je n'ai pas vraiment compris où il voulait en venir. Cette nouvelle est vraiment trop longue et trop décousue à mon goût.

Dans l'ensemble, c'est bien écrit, mais je n'ai pas vraiment accroché. Désolée pour ce billet pas très brillant, mais ce recueil ne m'a pas inspirée. Mais j'ai vu beaucoup d'avis enthousiastes sur le Web.

http://www.philklay.com/works/

J'ai vu cette semaine que ce livre est paru fin janvier chez Gallmeister sous le titre Fin de mission (traduction de François Happe).

Posté par Jackie Brown à 20:16 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 février 2015

Forever Young (Alphaville)

Un souvenir des années fac. Cette semaine, j'ai entendu (réentendu ?) la version de Youth Group. J'aime beaucoup moins.

Posté par Jackie Brown à 19:21 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,
12 février 2015

The Kite Runner (Khaled Hosseini)

Kite

Il m'a fallu un temps fou pour me décider à lire ce livre. On en parlait trop. Après, il y a eu un deuxième roman que l'on comparait sans cesse au premier. Puis, il y a eu le film. Et enfin, un troisième roman. Dont on a beaucoup parlé évidemment. Et puis, j'ai lu la demande d'admission (à une très prestigieuse université américaine) de celle que j'avais appelée Dana lors d'un billet précédent. En lisant ses réponses aux questions et ses essays, il ne faisait aucun doute qu'elle serait admise. Bref, tout ça pour dire qu'elle citait The Kite Runner parmi ses livres préférés. Quand je lui ai dit que j'aimerais le lire, elle est immédiatement allée le chercher pour moi. Voilà comment a été décidée ma première lecture pour 2015.

Pas facile, je dois dire. J'ai rarement eu à m'accrocher, à me préparer (psychologiquement) pour tourner une page. A chaque fois, je me demandais quel nouveau drame, quelle nouvelle horreur allait s'abattre sur les héros. Et les horreurs ne manquent pas dans ce roman. Evidemment, le sujet n'est pas léger.

L'action se déroule en Afghanistan (avant l'invasion soviétique) et aux Etats-Unis. Amir, jeune pachtoune, orphelin de mère, vit avec son père, homme imposant et très dur. Il passe ses journées avec Hassan, le fils du serviteur qui lui non plus n'a pas de mère. Hassan est Hazara, minorité opprimée d'Afghanistan. Hassan est en quelque sorte le meilleur ami d'Amir, mais aussi son serviteur. Il lui prépare ses repas, repasse ses vêtements. Contrairement à Amir, il ne va pas à l'école et ne sait ni lire ni écrire. Le père d'Amir traite les deux garçons (presque) de la même façon, ce qui rend Amir jaloux. Et je n'en dirais pas plus.

Si j'ai beaucoup aimé ce roman (malgré certains passages très difficiles), j'ai un peu regretté le "parti pris ethnique" (si je puis dire) de l'auteur. L'enfant monstrueux, qui se transforme en adulte encore plus monstrueux, est allemand par sa mère et offre "Le Combat" de l'autre-là à Amir pour son anniversaire. Il donne l'impression que toutes les persécutions qui ont lieu en Afghanistan sont dues à la moitié allemande de ce garçon. J'exagère à peine. Amir semble trouver normal que son meilleur ami n'aille pas à l'école. Sinon, c'est un regard intéressant sur l'Afghanistan au fil des ans, sur la communauté afghane émigrée aux Etats-Unis, l'attitude de ces réfugiés vis-à-vis de leurs ancien et nouveau pays. Et c'est dur de voir que les personnages les plus beaux et les plus sincères sont le plus abusés et finissent perdants. Pas très optimiste dans l'ensemble. Mais à lire absolument.

En revanche, je ne verrai certainement pas le film. C'est bien beau de vouloir faire authentique, mais on n'a pas le droit d'être imbécile et ignorant.

The unforgettable, heartbreaking story of the unlikely friendship between a wealthy boy and the son of his father's servant, The Kite Runner is a beautifully crafted novel set in a country that is in the process of being destroyed. It is about the power of reading, the price of betrayal, and the possibility of redemption; and an exploration of the power of fathers over sons—their love, their sacrifices, their lies.

A sweeping story of family, love, and friendship told against the devastating backdrop of the history of Afghanistan over the last thirty years, The Kite Runner is an unusual and powerful novel that has become a beloved, one-of-a-kind classic.

http://khaledhosseini.com/books/the-kite-runner/synopsis/

En français : Les cerfs-volants de Kaboul (traduction de Valérie Bourgeois)

Posté par Jackie Brown à 16:57 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
11 février 2015

Last Stop on Market Street (Matt de la Peña, Christian Robinson)

Market

Je vais commencer par le livre le plus facile, le plus court en tout cas. Je lis rarement des livres pour enfants, et encore plus rarement des livres d'images. D'ailleurs, je ne pensais pas qu'il s'agissait d'un livre d'images. Mais je l'ai trouvé dans un bac pour picture books à la bibliothèque. J'ai d'ailleurs dû demander de l'aide parce que je ne savais pas comment fonctionnait la section pour enfants.

Ce sont les illustrations de Christian Robinson qui m'ont attirée en fait. Et puis, j'ai trouvé le résumé très mignon. Tous les dimanches, CJ prend le bus avec sa grand-mère pour se rendre à l'autre bout de la ville. Il ne comprend pas pourquoi ils n'ont pas de voiture. Il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas avoir d'iPod comme les autres. Et sa grand-mère lui explique pourquoi il n'a pas (vraiment) besoin de tout ça et lui apprend à voir ce qu'il y a de beau dans les choses simples. Mignon, non ?

J'ai trouvé le livre un peu court et la fin un peu expédiée. Quatre pages de plus et il aurait été parfait. Mais je comprends pourquoi il plaît tant.

Every Sunday after church, CJ and his grandma ride the bus across town. But today, CJ wonders why they don't own a car like his friend Colby. Why doesn’t he have an iPod like the boys on the bus? How come they always have to get off in the dirty part of town? Each question is met with an encouraging answer from grandma, who helps him see the beauty—and fun—in their routine and the world around them.
 
This energetic ride through a bustling city highlights the wonderful perspective only grandparent and grandchild can share, and comes to life through Matt de la Pena’s vibrant text and Christian Robinson’s radiant illustrations.

http://mattdelapena.com/books/last-stop-on-market-street/

http://blaine.org/sevenimpossiblethings/?p=3624

Posté par Jackie Brown à 19:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,
10 février 2015

On essaie, on essaie...

tête carrée

http://www.nicetourisme.com/a-faire/69-LA%20T%C3%8ATE%20CARR%C3%89E

Un début d'année vraiment pas terrible et même si j'ai lu quelques livres, je n'ai pas trouvé le courage d'en parler ici. D'ailleurs, je n'en aurais pas eu le temps étant donné la quantité de travail que j'ai en ce moment. Pas assez de capacité cérébrale pour me concentrer sur plusieurs choses. Un problème est réglé, et bien qu'il laissera certainement des traces (je vous raconterai bientôt), c'est un soulagement. J'essaie de commenter au moins un livre cette semaine.

Posté par Jackie Brown à 10:37 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,
01 février 2015

Super Bowl XLIX

Cool poster ! And euh... Que le meilleur gagne ?

Pats-vs-Hawks-49-Super-Bowl-2015-Background-Banner-Cover-800x500

 

https://wallwidehd.com/pats-vs-hawks-49-super-bowl-2015-background-banner-cover/

Posté par Jackie Brown à 17:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,


Fin »