Sous la grêle osée

14 octobre 2019

for Joshua (Richard Wagamese)

ForJoshua

An Ojibwe Father Teaches His Son

Richard Wagamese est séparé de son fils. Il n'explique pas vraiment les raisons de cette séparation, mais son comportement irresponsable et son alcoolisme sont certainement en cause. Il décide d'apprendre à son fils à être Ojibwé en lui racontant son parcours initiatique, à lui qui a appris à l'âge adulte à devenir celui qu'il était né pour être. Il raconte donc son cheminement : de son placement dans une famille, de son adoption par une famille où il ne se sent jamais à sa place, à ses arrestations, à ses traversées du Canada, à ses succès en tant que journaliste, à ses moments de mieux alternant avec ses rechutes. Il lui raconte sa première cérémonie, ses préparatifs, ses quatre jours passés seul dans les Rocheuses (sans nourriture et avec un peu d'eau) à méditer, à se comprendre, à prier et à remercier. Il lui fait part de ses conclusions, de ses découvertes. Malgré l'aide de son mentor et les enseignements de celui-ci, l'auteur connaîtra d'autres difficultés. Il n'arrive pas à se départir de l'idée que quelque chose est cassé en lui, qu'il ne mérite pas tout ce qu'il a. Si sa propre famille n'a pas voulu de lui, c'est qu'il a trop de défauts. Il ajoute à son récit des contes de la mythologie ojibwé qui tourne autour de la place des hommes et des animaux sur la terre.

Comme j'avais déjà lu certains livres autobiographiques de Richard Wagamese (écrits par la suite), je connaissais certaines anecdotes. C'est incroyable de voir comment l'auteur a changé ensuite, comment sa réflexion a évolué. Certains faits sont envisagés différemment. Ce qui ne change pas, c'est le regard critique que Richard Wagamese pose sur lui-même. Il ne se sert pas de son enfance difficile pour se chercher des excuses. Il assume tout. Il est honnête avec lui-même et avec son fils. Il est persuadé que les mots sont salvateurs et espère que son expérience profitera non seulement à son fils, mais aussi aux (autres) lecteurs.

Je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'écrit Richard Wagamese, comme je l'ai déjà dit. Mais je suis à chaque fois stupéfaite de sa conscience et de sa spiritualité. Et cet humour quand il raconte des événements pourtant tristes.

Toujours difficile pour moi de parler de ce genre de livre où il y a tant à absorber. Mais je recommande.

Posté par Jackie Brown à 10:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 octobre 2019

R'N'B (Veima)

Une jeune chanteuse calédonienne pleine de talent.

Une interview : https://www.youtube.com/watch?v=HKbCZMRUvuc

Posté par Jackie Brown à 11:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,
08 octobre 2019

Je suis martiniquaise (Mayotte Capécia)

JeSuisMart

Je ne sais plus où j'ai trouvé ce titre de 1948. J'ai peut-être vu le nom de l'auteure dans une liste d'écrivains martiniquais. En faisant des recherches, j'ai trouvé deux titres : Je suis martiniquaise et La négresse blanche. Comme c'était sûr que je ne lirais pas le deuxième vu son titre, je me suis intéressée au premier. Et là, je trouve un article qui explique que Frantz Fanon, qui avait violemment critiqué ce livre doudouiste, et beaucoup d'autres avaient été victimes d'une supercherie car il était impossible que Mayotte Capécia (pseudonyme de Lucette Céranus) ait pu écrire ce livre.

Par chance (si on veut), je trouve ce titre (l'autre y est aussi) à la bibliothèque d'une université et je l'emprunte.

Le livre se compose de deux parties : la première sur l'enfance de Mayotte au Carbet (même si dans le livre, on insiste pour dire à Carbet), la deuxième, sur sa vie à Fort-de-France avec un officier blanc. Cette partie se déroule an tan Robè (au temps de l'amiral Robert). Je ne m'étendrai pas sur l'histoire qui est totalement convenue.

J'aimerais savoir comment Frantz Fanon et les autres ont pu penser que c'était une Martiniquaise qui avait écrit ça. Dès la première ligne de dialogue où les r sont remplacés par des apostrophes, j'ai failli refermer le livre. Mayotte vit à la campagne, les habitants ne sont pas trop raffinés. Même en créole (oui, il y a de temps en temps des phrases en créole), les r sont remplacés par des apostrophes. En revanche, lorsque sa mère reçoit une amie d'enfance qui vit à Fort-de-France, les apostrophes disparaissent. Si elles sont censées représenter un quelconque accent, je ne vois pas en quoi le fait d'habiter Fort-de-France ferait une différence. J'ai terminé le livre par curiosité, mais je retiendrai surtout les articles qui ont été écrits à son sujet.

Je me suis forcée à écrire quelque chose et ça se voit.

Albert James Arnold explique l'histoire de ce roman dans deux articles disponibles ici :

https://www.cairn.info/publications-de-Albert-James-Arnold--81518.htm

« Mayotte Capécia » : De la parabole biblique à Je suis Martiniquaise

Frantz Fanon, Lafcadio Hearn et la supercherie de « Mayotte Capécia »

Posté par Jackie Brown à 18:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
24 septembre 2019

On Earth We're Briefly Gorgeous (Ocean Vuong)

BrieflyGorge

Dès le titre, je savais qu'il me fallait lire ce récit/roman. Et puis, le prénom de l'auteur. Et les vidéos de l'auteur. Un peu d'appréhension quand j'apprends qu'il est poète également. Là, je sais qu'il va y avoir des passages un peu trop lyriques auxquels je ne vais rien comprendre. Je ne peux pas reprocher à Ocean Vuong de ne pas savoir écrire. Son écriture est superbe. S'il voulait prouver à certains critiques (littéraires) que les auteurs issus des minorités savaient faire de la littérature (et pas uniquement du récit de contestation), c'est réussi. (Il évoque d'ailleurs ce « problème » dans son livre ou c'est ce que j'ai cru.) Mais j'ai souffert terriblement pendant cette lecture.

D'abord, j'ai lu On Earth We're Briefly Gorgeous à un moment où j'étais terriblement angoissée et j'ai eu parfois du mal à me concentrer. Ce qui est malheureux pour un roman aussi exigeant. La structure m'a également déroutée. Je m'attendais à une histoire plus suivie, moins fragmentée. Les souvenirs s'imbriquent et s'enchevêtrent, et j'ai parfois perdu le fil. Si on ajoute à cela que certains souvenirs ne sont pas très tendres et, en fin de compte, peut-être trop personnels et en même temps trop familiers. Ça m'a gênée parce qu'Ocean Vuong explique que sa mère ne peut pas comprendre ce qu'il écrit. Ai-je eu l'impression qu'il en profitait pour se lâcher ? Certains passages m'ont fortement fait penser à ces écorchés de livre d'anatomie (et comme je suis une petite nature). Et puis, il y a Trevor, le petit-fils du patron qui... est amoureux du narrateur ? abuse du narrateur ? Little Dog (je m'aperçois que je n'ai même pas donné son nom) en tout cas est sous le charme et accepte tout. Et là, je n'ai pas compris. Little Dog que je trouvais si volontaire et persévérant (tout juste adolescent, il part travailler dans les champs de tabac) n'a aucune réaction quand Trevor refuse d'être à son tour la fille (comme il dit) après leur premier rapport, ou plutôt acte sexuel. Little Dog pense-t-il être moins que rien (immigré harcelé par ses camarades de classe) pour accepter les miettes que lui accorde Trevor ? Est-il si amoureux au point de rejeter toute la faute de l'addiction de Trevor aux opioïdes sur le groupe pharmaceutique qui les produit et de se lancer dans une diatribe contre ce dernier (il cite le nom du groupe et coïncidence ou pas, celui-ci vient de se déclarer en faillite) ? Cette dévotion à Trevor me semble tellement à sens unique qu'elle m'a agacée et m'a fait penser à tous ces stéréotypes à l'encontre des hommes asiatiques (je regarde peut-être trop de vidéos sur YouTube). Il a des mots plus acerbes pour le « contingent » littéraire.

Réfugié vietnamien, Little Dog vit à Hartford (Connecticut) avec sa mère, maltraitante car traumatisée par la guerre, et sa grand-mère schizophrène et atteinte d'un cancer. Par bribes, il nous raconte l'histoire de sa famille au Vietnam, ses souvenirs d'enfance dans ce pays, son immigration aux États-Unis, la nouvelle langue qu'il ne maîtrise pas encore, ce qui l'empêche de se défendre correctement quand on le harcèle. Tout cela ne l'empêche pas de finir le lycée et de partir à l'université à New York.

Je vous ai livré mes impressions un peu dans tous les sens. Impossible pour moi (comme souvent) de rédiger un billet ordonné. Si j'ai eu du mal avec ce livre, c'est vraiment pour des raisons personnelles sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici. Je n'ai pas peiné tout le temps non plus. Par moments, je ne pouvais plus le lâcher. Je comprends ceux qui l'ont adoré. Et je comprends ceux qui ne l'ont pas adoré. Et en lisant certaines critiques sur goodreads, je m'aperçois que Roxane Gay a tiqué sur les mêmes aspects que moi. J'attends le prochain roman d'Ocean Vuong, parce que son écriture m'a beaucoup plu.

Le site de l'auteur : https://www.oceanvuong.com/

Ocean Vuong est l'artiste en résidence 2019-2020 de l'Asian/Pacific/American Institute de l'université à New York (NYU).

15 septembre 2019

Pop. 1280 (Jim Thompson)

Pop1280

Après une première lecture pas très convaincante de Jim Thompson avec Cropper's Cabin, j'ai enfin lu Pop. 1280 qui me tentait beaucoup plus. À l'occasion d'une lecture commune avec A girl from earth. C'est le titre (décidément) facétieux qui m'avait attirée. J'adore voir ces panneaux bien folkloriques à l'entrée des villes américaines ; ces panneaux qui indiquent la population de la ville (ici, dans les Rocheuses, nous avons également droit à l'altitude de la ville). Évidemment, le titre ne pouvait que me plaire.

Pour ce qui est du roman...

Nick Corey est shérif d'une petite ville. Non, pas un de ces shérifs à la John Wayne que l'on voit dans les westerns. Une espèce de lâche, fainéant, crétin, apathique, qui préfère tourner les yeux et les talons quand quelque chose se passe. Selon lui, c'est ce que la population attend d'un shérif : qu'il les laisse faire leurs magouilles et trafics en paix. Il ne se mêle donc de rien. Myra, une mégère qu'il a épousée parce qu'elle l'avait accusée de viol, lui impose son « frère » Lennie, imbécile et baveur, qui passe son temps à espionner les femmes. Nick, pour sa part, semble connaître intimement la majorité des femmes du comté de Potts (le 47e comté sur 47 de l'État). Mais Nick a un problème. Et il part rendre visite au shérif du comté voisin, Ken Lacey, pour lui demander de l'aide. À partir de ce moment-là, Nick semble changer complètement, et de tire-au-flanc, se transforme (?) en personnage retors et « diabolique » qui « châtie » ceux qui ont osé le sous-estimer.

Si j'ai trouvé l'ensemble bien mené et plutôt drôle, j'ai trouvé toutes les combines de Nick un peu longuettes et répétitives au bout d'un moment. J'avais hâte qu'il mette son plan à exécution. Quant à la fin, j'ai trouvé l'explication trop convenue, et si décevante que j'aurais préféré que l'auteur s'abstienne (les deux derniers mots entre guillemets donnent une indication). Alors, je recommande pour l'intrigue qui est extravagante et franchement drôle. Mais un bémol pour la fin, inutile selon moi.

Lecture commune avec A girl.

Posté par Jackie Brown à 10:21 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 septembre 2019

Treasure (에이티즈)

Des problèmes avec le boulot et une période bien démoralisante. Mais ce week-end, je compte me réveiller et rattraper enfin mes billets de retard. En attendant, de la kpop. J'admire les paysages.

 

Posté par Jackie Brown à 09:09 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,
06 septembre 2019

작은 것들을 위한 시 (방탄소년단 feat. Halsey)

Des fois, je regrette de ne pas avoir appris le coréen...

Posté par Jackie Brown à 08:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
30 août 2019

Love's in Need of Love Today (Blanca and Pray Tell)

Extrait du 6e épisode de la deuxième saison de Pose. Je voulais poster la version de The Man That Got Away qu'interprétait Billy Porter mais je n'ai pas trouvé de vidéo avec les images. Alors ce sera cette magnifique chanson de Stevie Wonder.

Et la deuxième saison de Pose ? Meilleure que la précédente car on s'est débarrassé du superflu, mais certains rôles mériteraient d'être étoffés. Et plus émouvante aussi : la visite de Pray Tell et Blanca à Hart Island est particulièrement bouleversante. 

Posté par Jackie Brown à 15:38 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,
29 août 2019

The Travelers (Regina Porter)

Travelers

 

J'avais confondu ce titre avec Travelers de Helon Habila sorti le même jour. Je ne comprenais pas pourquoi le résumé ne correspondait pas à celui dont je me souvenais. En plus, la couverture ne me disait rien du tout. C'est dans un article posté par The Autist Reading sur Facebook que j'ai vu la couverture britannique qui est franchement plus belle. Finalement, j'aurais lu The Travelers avant Travelers (que je viens d'emprunter à la bibliothèque).

Mais j'ai failli arrêter ma lecture dès le début et le fait que je lise sur mon Kindle n'a pas arrangé les choses. Le roman commence par un arbre généalogique tellement détaillé (genre machine, sœur de machin et maîtresse de bidule) que j'en ai vite eu marre. Étais-je censée l'apprendre par cœur pour pouvoir comprendre l'histoire ? J'ai laissé tomber. Ensuite, la mise en page semblait tarabiscotée, mais c'est peut-être dû au format Kindle. J'ai continué.

Le roman raconte l'histoire de deux familles, une blanche et une noire, sur plusieurs décennies et dans différents lieux. Le récit ne suit pas l'ordre chronologique et c'est ce qui justifie l'arbre généalogique du début. Comme je n'avais pas envie d'y retourner à chaque nouvelle période, j'ai dû faire appel à ma mémoire pour savoir qui était la fille de qui, qui était l'époux de qui, et finalement, ça me revenait. Inutile donc d'apprendre l'arbre généalogique. J'ai trouvé les passages ou chapitres (le problème de la mise en page sur Kindle) consacrés à certains personnages plus intéressants que d'autres. Mais l'ensemble est passionnant et j'ai adoré ce livre.

Conclusion : je ne dis presque rien de l'histoire, mais je vous recommande cet excellent roman. Regina nous offre l'histoire des États-Unis et casse quelques mythes.

Le site de l'autrice : http://www.reginaporterbooks.com/

 

En français : Ce que l'on sème. Traduction : Laura Derajinski

24 août 2019

Starlight (Richard Wagamese)

Starlight

Publié à titre posthume, ce roman est le dernier de Richard Wagamese. Il a pour personnage principal Frank Starlight de Medicine Walk (Les étoiles s'éteignent à l'aube) que je n'ai pas lu.

J'avais un peu peur de lire un roman inachevé et d'avoir à m'interroger sur la fin que Richard Wagamese aurait souhaitée. Heureusement, il en avait parlé à ses proches et on nous donne les grandes lignes de la conclusion qu'il envisageait. Évidemment, j'ai regardé la fin du roman avant pour vérifier et j'ai été rassurée.

À la mort du vieux (the old man), Frank Starlight décide de tout quitter pour découvrir le monde. Il se rend compte que ce qu'il a lui suffit et renonce à partir. Ailleurs, Emmy s'enfuit avec sa fille de chez Cadotte, son compagnon qui la maltraite depuis des années. Elle met le feu à sa maison, vole sa camionnette et cherche à s'éloigner le plus possible de cet enfer. Par un « heureux » concours de circonstances, Emmy et sa fille rencontrent Frank. Celui-ci vit toujours dans la ferme du vieux et complète ses revenus en vendant les photos exceptionnelles qu'il prend des animaux.

Et je m'aperçois que je ne peux pas en dire plus sans gâcher la découverte à la lecture. Je m'arrêterai donc là, mais je dois ajouter qu'il s'agit encore une fois d'un roman magnifique. Et on ne regrette presque pas qu'il soit inachevé tant ce que Richard Wagamese a eu le temps d'écrire est beau et optimiste. Et on retrouve les thèmes abordés dans Keeper'n me et One Native Life.

Je recommande évidemment. Et j'attends avec impatience de découvrir le reste de l'œuvre de Richard Wagamese.

Titre français : Starlight. Traduction : Christine Raguet

Posté par Jackie Brown à 09:14 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,