Sous la grêle osée

07 décembre 2019

Yellow Bird (Sierra Crane Murdoch)

YellowBird

 

Oil, Murder, and a Woman's Search for Justice in Indian Country

Le « boom » pétrolier dans le Dakota du Nord, plus précisément dans la réserve de Fort Berthold. Des gisements de pétrole de schiste que tout le monde cherche à s'approprier. Certains membres de la Nation Mandan, Hidatsa et Arikara (MHA), les trois tribus affiliées, souhaitent l'exploiter eux-mêmes pour que cette découverte profite exclusivement à la réserve. Ils voient là un moyen de se soustraire de leur dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral, atteindre la « souveraineté économique » et décider eux-mêmes de l'usage de l'argent gagné. Mais tout cela prend du temps et d'autres moins scrupuleux et plus avides prennent les devants et récupèrent, pour une bouchée de pain, les droits sur le sous-sol des membres de la tribu ; droits qu'ils revendront à un gros exploitant pour 200 fois plus.

Kristopher Clarke (KC) vient de l'État de Washington. Il est blanc et a 29 ans. Il disparaît le 22 février 2012. Lissa Yellow Bird, qui est Arikara, le recherche depuis l'été 2012, à la suite d'un message posté sur Facebook par la mère de Kristopher qui cherche à obtenir des renseignements sur son fils. Lissa propose de l'aider car elle vit à Fargo, à cinq heures de la réserve où elle rend souvent visite à sa famille. Elle mène sa propre enquête sur les employeurs de KC, sur la société où il travaille, sur toutes les personnes qui gravitent autour de celle-ci, prend de nombreuses initiatives, donne quelques coups de pied dans la fourmilière. Et elle consigne et garde trace de tout. Elle invite la journaliste Sierra Crane Murdoch, intéressée par la disparition de KC, à consulter ses dossiers (fichiers, enregistrements, photos, messages) pour reconstituer toute l'affaire. C'est là que la journaliste décide de raconter l'histoire de Lissa et les meurtres (KC a bien été assassiné et ne sera pas le seul) du point de vue de cette dernière.

Outre l'enquête, Sierra Crane Murdoch s'intéresse aux transformations que subit la réserve à cause du boom pétrolier : loyers exorbitants, crime en hausse, violence accrue en raison de l'arrivée massive de non-Indiens (sur lesquels la police de la réserve n'a aucune autorité), afflux de drogue, trafic de personnes, pollution. Sans parler de la corruption. En effet, il faut être Indien pour exercer dans la réserve et de nombreuses sociétés paient des prête-noms. Les membres de la Nation MHA ont le choix entre profiter des revenus qu'apporte le pétrole, voir cette exploitation d'un mauvais œil ou participer à cette exploitation pour garder un semblant de contrôle sur la situation. Quand le boom « se termine » (quand le prix du baril devient trop bas), la réserve ne semble pas avoir fait beaucoup de progrès.

 Le livre ne se résume donc pas à l'enquête proprement dite et c'est ce qui fait tout son intérêt. Il retrace l'histoire de la Nation MHA, le traitement des Indiens par le gouvernement fédéral (expropriations, négligences, pensionnats, massacres, déplacements), les répercussions du boom pétrolier sur la réserve. Il raconte surtout la vie de Lissa et de sa famille : les coups durs, les arrestations, la violence, la ténacité, la volonté, l'éducation. L'ensemble est un peu confus (comme ce compte rendu car je n'ai pas pu prendre de notes), car il y a beaucoup de « personnages », mais constitue un excellent témoignage. J'ai beaucoup aimé.

Merci à Sierra Crane Murdoch, à Random House et à Netgalley pour cet exemplaire en avant-première.

Lissa continue de chercher des personnes disparues. Deux articles :

https://www.hcn.org/articles/tribal-affairs-the-woman-who-searches-for-indian-countrys-missing

https://www.bbc.com/news/world-us-canada-47627701

Un reportage photos sur le boom :

https://www.bloomberg.com/news/photo-essays/2012-11-08/oil-on-the-fort-berthold-indian-reservation


06 décembre 2019

Dominar (Nelson Freitas)

Pas trop fan de kizomba que je trouve trop lente. Mais j'adore la chorégraphie d'Isabelle et de Félicien (même si un mec qui danse en baskets, c'est limite) : https://www.youtube.com/watch?v=xqGRzRLujjo et la chanson sur laquelle ils dansent.

Posté par Jackie Brown à 19:12 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,
01 décembre 2019

Whiter: Asian American Women on Skin Color and Colorism (Nikki Khanna)

Whiter

S'il existe de nombreuses études sur le colorisme (terme inventé par Alice Walker) au sein de la « communauté » noire, le sujet est moins traité dans les autres « communautés », notamment la « communauté » asiatique. C'est de cette dernière dont il est question dans ce livre (plus spécifiquement, aux États-Unis). Il traite d'une part du colorisme entre régions d'origine : Inde, Asie du Sud-Est et Asie de l'Est (les derniers ayant la peau plus claire), et d'autre part, du colorisme entre originaires d'un même pays (ou entre membres d'une même famille). Le colorisme vise plutôt les femmes. Pour les hommes, une peau foncée est moins préjudiciable (cf. les acteurs noirs et les actrices noires aux États-Unis). Les critères qui s'appliquent aux femmes sont plus contraignants : Plus tu es mince, mieux c'est. Plus ton nez est fin, mieux c'est. Mais surtout, plus tu es claire, mieux c'est. En Asie, même avant les premiers contacts, la peau claire était un signe de richesse et de classe (les femmes riches restaient à l'intérieur) et la peau foncée, un signe de pauvreté et d'infériorité (les femmes pauvres étaient obligées de travailler dans les champs et s'exposaient donc au soleil.

Trente femmes asio-américaines ou asiatiques décrivent leur expérience du colorisme : au sein de leur famille, dans leur pays, dans le pays de leurs parents. Les remarques incessantes (pour leur bien), les critiques, les humiliations, la difficulté à se débarrasser de ces préceptes inculqués depuis l'enfance, leur rébellion quand elles affichent leur bronzage qui inspire l'horreur à leurs mères et aux autres femmes de leur famille. Les essais sont répartis en chapitres : définition du colorisme, privilège, aspiration à la blancheur, anti-noirceur/négritude (anti-blackness), appartenance et identité, redéfinition de la peau.

J'aime beaucoup ces livres composés de témoignages, avec une introduction au début de chaque chapitre. Cela rend le sujet plus abordable, plus vivant, plus proche. Bien sûr, la plupart des contributrices sont des universitaires et certains propos sont plus académiques. Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé les témoignages pertinents et intéressants, et pour certains, absolument poignants.

J'ai été « choquée » par le nombre de produits blanchissants, pardon, éclaircissants disponibles : savons, sérums, masques, crèmes, et qui concernent même les parties intimes. J'avais déjà vu ce type de crème dans les magasins asiatiques et africains de Paris et de Bruxelles (je ne suis jamais allée dans des magasins antillais, donc, je ne sais pas si c'est le cas aussi), mais c'était toujours des marques « inconnues » et les produits semblaient pharmaceutiques. En cosmétique, je connaissais la crème Vantex de Fashion Fair, mais il me semblait qu'elle servait « uniquement » à unifier le teint, qu'elle n'était pas vendue comme crème blanchissante. Même chose pour la ligne Skin Success de Palmer's. Dans le livre, j'ai appris que L'Oréal, Elizabeth Arden, Pond's, Nivea avaient leur ligne de produits éclaircissants et blanchissants. Pourquoi laisser échapper l'occasion de profiter d'idées et de préjugés archaïques, et des insécurités qu'ils génèrent ? Le marché est juteux. Et j'ai appris l'existence de gadgets destinés à celles (et ceux) qui souhaitent créer une double paupière et ouvrir leur regard (sans passer par la blépharoplastie) : lunettes, colle et autocollants. Moi qui trouve les yeux bridés si beaux, j'ai du mal à comprendre. Mais je ne me permettrais pas de juger.

Je vous laisse en cadeau des liens vers deux publicités particulièrement gratinées :

une de Thaïlande avec l'actrice (mannequin, chanteuse...) Cris Horwang : https://www.youtube.com/watch?v=WAXOupabYOo

une d'Inde : https://www.youtube.com/watch?v=zj0I5b0Q5OE

Merci à Nikki Khanna, à New York University Press et à Netgalley pour cet exemplaire en avant-première.

Posté par Jackie Brown à 19:52 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
15 novembre 2019

Hey Look Ma, I Made It (Panic! At The Disco)

Parce que je suis obsédée par The Masked Singer cette saison (que j'ai commencé à regarder en apprenant que Johnny Weir avait participé et qu'il avait donc déjà été éliminé) et par The Fox qui sait chanter et danser et m'a permis de découvrir cette chanson de Panic! At The Disco. 

Le clip est limite, mais le chanteur n'est pas horrible.

Allez, j'ajoute la photo de Johnny parce que je trouve le costume so him

Posté par Jackie Brown à 22:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,
08 novembre 2019

The Power of Love (Frankie Goes to Hollywood)

Depuis une semaine, nous vociférons chantons à pleins poumons : 

I'll protect you from the hooded claw
Keep the vampires from your door
When the chips are down
I'll be around with my undying
Death defying love for you
Envy will hurt itself
Let yourself be beautiful
Sparkling love, flowers and pearls and pretty girls

Posté par Jackie Brown à 19:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

18 octobre 2019

Unapologetically Me (Paris Bennett)

Toujours cette voix magnifique !

Posté par Jackie Brown à 22:43 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,
17 octobre 2019

The Outside Circle (Patti LaBoucane-Benson)

OutCircle

En se servant de son travail auprès des populations autochtones de l'Alberta et de ses recherches dans le cadre de son doctorat, Patti LaBoucane-Benson nous présente sous forme de roman graphique le programme In Search of Your Warrior destiné aux hommes autochtones incarcérés.

Pete est l'homme de main du gang de dealers Tribal Warriors. Quand sa petite amie lui annonce qu'elle est enceinte, il la jette sous prétexte que l'enfant n'est pas de lui. La seule personne dont il se préoccupe, c'est son petit frère Joey qu'il encourage à aller à l'école. Un soir, quand il rentre chez lui, Joey lui annonce que leur mère et son petit ami ont mis la télé et la console de jeux au clou pour acheter de la drogue. La confrontation entre Pete et le petit ami tourne mal. Pete se retrouve en prison et Joey est placé dans un foyer d'où il s'enfuit très vite. À la rue, il est récupéré par le chef des Tribal Warriors qui le met rapidement au travail. Pete, croyant que son gang a recueilli son petit frère, accepte de « rendre un service » en prison et se retrouve à l'hôpital. Un Ancien, estimant qu'il est encore récupérable, le recommande pour le programme In Search of Your Warrior qu'il pourra intégrer si son comportement est exemplaire. Écœuré de tout, Pete accepte. Au cours du programme, il apprendra l'histoire et les traditions des Autochtones et les causes (spoliation, pensionnats indiens) des statistiques effrayantes les concernant.

Même si je connais assez bien les faits présentés dans le roman, j'ai aimé la façon dont ils sont introduits. Les illustrations de Kelly Mellings sont superbes. Il y en a une qui m'a particulièrement touchée : l'intervenante du programme In Search of Your Warrior présente son arbre généalogique et j'ai eu un choc en découvrant la légende expliquant les différents types de branches reliant les individus. L'histoire est un peu rapide, mais très poignante. L'ensemble est réussi. Petit bémol : les pages ne sont pas numérotées. C'est vrai que ça se lit vite et qu'on n'a pas vraiment besoin des numéros.

Je recommande.

The outside circle (le cercle extérieur) désigne le cercle que forment autour des enfants, puis des anciens, puis des femmes, les guerriers qui ont pour rôle d'assurer leur protection.

Une émission radio sur le livre (en anglais).

tatouage outcir

16 octobre 2019

The Water Dancer (Ta-Nehisi Coates)

WaterDancer

Encore un livre qui me faisait peur. J'aimais bien la couverture, le titre (moi, dès que ça évoque la danse...) et l'auteur (même si ce qu'il écrit me passe parfois par-dessus la tête). J'étais curieuse de découvrir le premier roman de Ta-Nehisi Coates. Et puis, dans les critiques à son sujet, j'ai vu les termes magic realism et fantasy, et j'ai été prise d'un doute. J'annule ma réservation à la bibliothèque ou j'essaie quand même ?

J'essaie quand même. Mais dès le début, je sens que ce n'est pas pour moi. Quelques phrases obscures (trop poétiques ?) aussi tôt dans la lecture, ça ne présage rien de bon. Mais je décide de continuer pendant une journée pour voir. Et heureusement ! Je suis entrée dans le récit quelques pages plus loin et j'ai finalement donné 5 étoiles au livre sur goodreads. J'aurais dû me dire que c'était un premier roman.

Hiram est esclave sur une plantation de Virginie. Sa mère a été vendue alors qu'il était tout jeune et lui qui a pourtant une excellente mémoire n'a plus que de vagues souvenirs d'elle. Il s'installe chez Thena, une femme acariâtre à qui toute sa famille a été enlevée. Quelques années plus tard, son père Howell (le maître de la plantation Lockless) le fait venir dans la grande maison. Il y travaille la journée et la nuit, il dort, ainsi que les autres esclaves de maison, dans The Warrens (terme qui désigne des terriers ou un dédale), souterrain situé sous la grande maison à l'abri des regards de ceux que Ta-Nehisi Coates appelle The Quality. On a des esclaves (appelés The Tasked ici), mais on a honte d'en posséder. Hiram a un demi-frère Maynard plus âgé que lui. Maynard n'a aucun intérêt pour les cours que lui donne son tuteur alors que c'est lui qui devra diriger Lockless. Conscient de la médiocrité de son fils, Howell Walker demande au tuteur d'instruire Hiram à qui il fait promettre d'être toujours là pour son demi-frère et de veiller sur lui. Devenu adulte, Maynard est rejeté par The Quality et « obligé » de fréquenter The Low Whites (ceux qui ne possèdent pas d'esclaves et qui poursuivent ces derniers quand ils tentent de s'enfuir). Un soir où il échappe à la noyade de manière miraculeuse, Hiram se rend compte qu'il a un don.

Et c'est cette histoire de don qui me faisait un peu peur. Je pensais que le roman allait tourner au mysticisme et que ça m'agacerait. Heureusement, Ta-Nehisi Coates n'en fait pas des tonnes et la dose de magie reste raisonnable. Ça m'a rappelé des choses que j'imaginais quand j'étais ado. Mais décrites avec le talent de l'auteur. Finalement, une réussite pour moi. Je n'ai pratiquement rien raconté de l'histoire parce que j'ai bien aimé la découvrir au fur et à mesure. Je ne veux pas vous gâcher la surprise. Alors même si tout le monde évoque The Underground Railroad de Colson Whitehead à propos de The Water Dancer, ça n'a rien à voir (à part un peu le thème).

Posté par Jackie Brown à 19:28 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,
14 octobre 2019

for Joshua (Richard Wagamese)

ForJoshua

An Ojibwe Father Teaches His Son

Richard Wagamese est séparé de son fils. Il n'explique pas vraiment les raisons de cette séparation, mais son comportement irresponsable et son alcoolisme sont certainement en cause. Il décide d'apprendre à son fils à être Ojibwé en lui racontant son parcours initiatique, à lui qui a appris à l'âge adulte à devenir celui qu'il était né pour être. Il raconte donc son cheminement : de son placement dans une famille, de son adoption par une famille où il ne se sent jamais à sa place, à ses arrestations, à ses traversées du Canada, à ses succès en tant que journaliste, à ses moments de mieux alternant avec ses rechutes. Il lui raconte sa première cérémonie, ses préparatifs, ses quatre jours passés seul dans les Rocheuses (sans nourriture et avec un peu d'eau) à méditer, à se comprendre, à prier et à remercier. Il lui fait part de ses conclusions, de ses découvertes. Malgré l'aide de son mentor et les enseignements de celui-ci, l'auteur connaîtra d'autres difficultés. Il n'arrive pas à se départir de l'idée que quelque chose est cassé en lui, qu'il ne mérite pas tout ce qu'il a. Si sa propre famille n'a pas voulu de lui, c'est qu'il a trop de défauts. Il ajoute à son récit des contes de la mythologie ojibwé qui tourne autour de la place des hommes et des animaux sur la terre.

Comme j'avais déjà lu certains livres autobiographiques de Richard Wagamese (écrits par la suite), je connaissais certaines anecdotes. C'est incroyable de voir comment l'auteur a changé ensuite, comment sa réflexion a évolué. Certains faits sont envisagés différemment. Ce qui ne change pas, c'est le regard critique que Richard Wagamese pose sur lui-même. Il ne se sert pas de son enfance difficile pour se chercher des excuses. Il assume tout. Il est honnête avec lui-même et avec son fils. Il est persuadé que les mots sont salvateurs et espère que son expérience profitera non seulement à son fils, mais aussi aux (autres) lecteurs.

Je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'écrit Richard Wagamese, comme je l'ai déjà dit. Mais je suis à chaque fois stupéfaite de sa conscience et de sa spiritualité. Et cet humour quand il raconte des événements pourtant tristes.

Toujours difficile pour moi de parler de ce genre de livre où il y a tant à absorber. Mais je recommande.

J'en profite pour vous souhaiter Happy Indigenous Peoples' Day!

Posté par Jackie Brown à 10:22 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,
11 octobre 2019

R'N'B (Veima)

Une jeune chanteuse calédonienne pleine de talent.

Une interview : https://www.youtube.com/watch?v=HKbCZMRUvuc

Posté par Jackie Brown à 11:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,