ADiffDrum

William Melvin Kelley est un romancier américain, décédé il y a un peu plus de deux ans. Son premier roman A Different Drummer a été publié en 1962 et réédité en 1990 quand on s'est souvenu de son auteur. Ce dernier a été redécouvert après sa mort semble-t-il. J'ai lu la première réédition dotée du même genre de préface que l'on trouve au début de chaque roman d'auteurs noirs oubliés, puis réédités, à savoir un essai dont l'auteur tente de définir ce qu'est un roman noir. J'ai l'impression d'avoir déjà lu cette préface un millier de fois. Mais William Melvin Kelley a la particularité d'écrire un livre dont les protagonistes sont blancs et parlent des noirs.

L'action de A Different Drummer se déroule dans un État fictif du Sud des États-Unis. Tucker Caliban répand du sel dans le champ (qu'il a acheté récemment au descendant de la famille qui possédait ses ancêtres), tue sa vache et son cheval, détruit une horloge qui est dans sa famille depuis l'arrivée du premier ancêtre, puis met le feu à sa maison. Il part ensuite avec sa femme et son enfant. Il n'explique pas son geste, mais déclare que c'est quelque chose qu'il doit faire. Le lendemain et les jours suivants, tous les noirs quittent l'État pour aller dans le Nord, en tout cas ailleurs. Les blancs ne comprennent pas ce qui se passe, mais se rendent vite compte qu'ils ne peuvent pas empêcher ce mouvement. Certains se demandent comment ils pourront se débrouiller sans les noirs. D'autres n'admettent pas que les noirs aient décidé d'eux-mêmes de partir (sans leur autorisation ?) et refusent d'accepter que cet exode ait pu être la conséquence de leur propre comportement. Chaque chapitre présente le point de vue de différents habitants blancs de la ville et raconte l'histoire de celle-ci. Certains chapitres sont très émouvants, d'autres douloureux. J'ai trouvé le dernier chapitre, intitulé The Men on the Porch, totalement absurde. Bien sûr, William Melvin Kelley peut terminer son roman comme il le souhaite, mais j'ai trouvé décevant qu'il utilise ce ressort éculé avec un noir qui, bien qu'important dans l'histoire, ne sert que de prétexte à la fin pour transmettre le sentiment d'horreur qu'inspire le Sud et matérialiser le désarroi des blancs face à l'évolution de la société qui va les laisser sur place. Je ne détaillerai pas tous les personnages, mais j'ai trouvé certains très beaux et très dignes, et d'autres trop caricaturaux.

À lire, parce que l'histoire est différente, même si la fin est malheureusment rebattue.

https://www.newyorker.com/magazine/2018/01/29/the-lost-giant-of-american-literature

En français : Un autre tambour. Traduction : Lisa Rosembaum